Cavalcade
(Frank Lloyd, 1933)

Si l'ambition narrative est indéniable (la vie d'une famille bourgeoise anglaise et de leurs domestiques entre 1899 et 1933), le résultat déçoit. Adapté d'une pièce de Noël Coward, le film paraît aujourd'hui daté et laborieux. Classique instantané à sa sortie et multi-oscarisé, il est l'archétype même du cinéma de convention où les bonnes intentions vieillissent bien plus mal que l'achèvement artistique. Que Melville ait pu le considérer comme l'un de ses films favoris demeure un mystère.


L'attaque du train postal
(Roberto Farias, 1962)

Tiré d'une histoire vraie, le film est moins un polar qu'une étude sociale au sein des favelas de Rio. L'attaque proprement dite ne dure pas plus de cinq minutes et sert de générique ; ce qui suit intéressant davantage le cinéaste (et le spectateur). Si le propos parait pertinent, il n'est pas servi par une distribution fabuleuse. Quant à la musique, omniprésente, elle dramatise artificiellement un récit qui se suffit pourtant à lui-même.


Un crime parfait
(William Castle, 1951)

Empruntant opportunément le sillon tracé par Sunset Boulevard et son immersion dans le monde du cinéma, Hollywood Story est un film-enquête malin, ficelé avec métier. Il a de plus le mérite de la concision même si le dénouement ne convainc que partiellement. Richard Conte est bon comme à son habitude et nous avons même droit à un caméo de Joel McCrea en plein tournage de ce qui semble être le chef-d'oeuvre de Jacques Tourneur: Stars in My Crown.


Après l'amour
(Léonce Perret, 1931)

La noblesse des sentiments ne saurait sauver ce film de l'ennui. Dieu que tout cela est lourd, laborieux et poussiéreux ! La mise en scène (hormis l'escapade à la mer) est statique pour ne pas dire purement illustrative, l'interprétation exagérément théâtrale et personne ne se donne la peine de croire au dénouement. La version de Maurice Tourneur, tournée quinze ans plus tard, n'est guère plus convaincante à ceci près que Pierre Blanchar est moins ridicule de Victor Francen.


La septième porte
(André Zwobada, 1947)

Ce conte arabe se déroulant au Maroc est une évocation intéressante de la jeunesse que l'on croit éternelle. Fonctionnant sur un principe circulaire, l'ensemble manque réelle de vigueur et, malgré le duo Aurenche-Bost, d'une véritable assise narrative. On regrette également que les acteurs (exception faite du toujours excellent Jean Servais) soient aussi fades et peu crédibles. Daté et ennuyeux.


L'assassin sans visage
(Richard Fleischer, 1949)

En dépit d'une interprétation très faible, tout ce qui fait le canevas d'un film noir à petit budget se retrouve ici: la précision de la mise en scène, la vivacité du montage, la narration ramassée. Chose plus intéressante encore, ce n'est pas à proprement parler un polar mais davantage un thriller psychologique délaissant l'action au profit d'une étude du profil du tueur.  Fleischer continue de fourbir ses armes dans cette production RKO de 60 minutes avant de réaliser son premier grand film: The Narrow Margin.


La Ciénaga
(Lucrecia Martel, 2001)

Difficile à appréhender, ce premier film se distingue par une maîtrise formelle évidente. Délaissant une narration trop linéaire, la cinéaste privilégie (et ce sera également le cas pour la suite de sa carrière) les ambiances, les non-dits. Ici, tout est poisseux, suffocant, comme le nord de l'Argentine en plein été et le pays frappé par la crise économique. La petite bourgeoisie locale, accablée par l'inaction, l'alcool et un conflit de générations, incarne une nation sclérosée, incapable de sortir de sa torpeur. Convaincant.


La fin du monde dans notre lit conjugal
(Lina Wermüller, 1978)

Un regret majeur avec ce film: pourquoi l'intéressante réflexion sur la vacuité de l'intellectualisme bourgeois (bref, de la gauche) doit-elle être absolument diluée dans une histoire de couple aussi lénifiante ? On passera également sur la vulgarité et la gratuité de certains passages (la gamine qui veut absolument voir le "pistolet" de son père, sans déconner ?) et des choix narratifs inutiles (les consciences féminines et masculines matérialisées par six ou sept personnages). Lina Wertmüller produit avec dix ans de retard un film politique dont l'imagerie semblait déjà complètement dépassée.


Walker
(Alex Cox, 1987)

Un patte indéniable même si les gunfights (à commencer par l'ouverture) font immanquablement penser à du Peckinpah. Le cinéaste filme avec conviction l'itinéraire obsessionnel et mégalomane de William Walker, aventurier venu instaurer la démocratie en Amérique Centrale. Le parallèle (d'ailleurs souligné lors du générique de fin) avec la politique américaine contemporaine est saisissant (ingénieuse idée que l'anachronisme avec l'hélicoptère). Ed Harris est très bon en dépit d'une direction d'acteurs outrancière. 


L'increvable
(Jean Boyer, 1959)

Le farfelu Darry Cowl porte le film sur ses épaules. Son élégance loufoque, sa gentille irrévérence, son phrasé inimitable font ici merveille. C'est d'ailleurs le seul intérêt véritable de ce Boyer tardif, répétitif et finalement sans imagination. L'accumulation des tentatives d'assassinats qui tournent courts finit par lasser ; certains passages, comme celui avec les Américains, sont même franchement assommants. Galabru, Francis Blanche, Lucien Raimbourg et Line Renaud complètent la distribution.


Femmes de Paris
(Jean Boyer, 1953)

Totalement artificiel, l'argument hallucinant (un prix Nobel d'astronomie se retrouve dans une boite de nuit pour sauver une jeune femme du suicide) est surtout le prétexte à une succession de bons mots et de numéros pour certains délectables. Ainsi on retiendra le sketch de Robert Lamoureux, le passage de la cliente snob interprétée par Micheline Dax ou bien encore le numéro final avec Ray Ventura et le fameux duo Roger Pierre/Jean-Marc Thibault (impressionnante fluidité de la mise en scène !). Le tout dominé par un Michel Simon subtilement cabotin. Un divertissement agréable.


I Was a Communist for the F.B.I.
(Gordon Douglas, 1951)

Grossière et honteuse propagande anti-rouges, le film demeure malgré tout une œuvre non dénuée d'intérêt. Pourquoi ? Parce que (le déshonneur mis à part) les auteurs ont livré un polar vif, excellemment découpé, doté d'une belle photo et, surtout, ont su donner une épaisseur tragique au destin de cet homme contraint par devoir de vivre contre ses convictions et celles de sa famille. En cela, l'interprétation de Frank Lovejoy doit également être soulignée. Moralement détestable, cinématographiquement abouti.


Autour d'une enquête
(Robert Siodmak & Henri Chomette, 1931)

En dépit de mouvements d'appareil et de plans expressionnistes qui laissent entrevoir qu'un artisan talentueux est derrière la caméra (on supposera que Siodmak est le principal créateur ici), le récit est convenu, les intentions péniblement soulignées et l'interprétation encore sous influence du muet. La (trop) longue introduction (environ 20 minutes) donne le ton: le récit sera archaïque. Un film tombé justement dans l'oubli.


Lèvres de sang
(Jean Rollin, 1975)

Certes handicapé par la nullité des acteurs et des dialogues très superficiels, Lèvres de sang n'en est pas moins un film entêtant. Sans atteindre la beauté sépulcrale de La rose de fer, le chef-d'œuvre de Rollin, il faut tout de même souligner la capacité du cinéaste à faire vivre un imaginaire et à composer des plans parfois obsédants. On pense notamment à ces scènes au milieu des ruines du Château Gaillard, au Père-Lachaise ou dans un Paris aujourd'hui révolu.



Rires au paradis
(Mario Zampi, 1951)

Un millionnaire facétieux meurt et son testament prévoit que ses héritiers s'acquittent d'une mission originale s'ils veulent toucher leur part... L'argument est donc parfaitement artificiel et le déroulement attendu (particulièrement la bourgeoise contrainte de travailler comme domestique). Mais heureusement pour Zampi le démiurge, les acteurs sont bons (plaisir de retrouver Alastair Sim) et le rythme suffisamment soutenu pour que le spectateur apprécie cette gentille comédie so british. A noter, une très courte apparition de la toute jeune Audrey Hepburn.