Cléo de 5 à 7
(Agnès Varda, 1962)

Parmi les films les plus encensés de la Nouvelle Vague, Cléo est une œuvre profondément marquante. Parce que son dispositif, totalement artificiel et pourtant extrêmement vivant, permet de capter les peurs et les doutes de la jeune et surfaite héroïne ; parce que c'est un moyen de renouer avec le Paris du début des années 60 et ce rapport très physique aux rues et aux quartiers de la capitale ; parce que c'est enfin une confrontation, quoiqu'indirecte, au monde d'alors (et notamment la guerre d'Algérie). À la superficialité du début, succède un ton qui gagne progressivement en gravité. Les vingt dernières minutes sont à ce titre prodigieuses. 


Le miroir de la sorcière
(Chano Urueta, 1962)

Faisant immanquablement penser à Rebecca et aux Yeux sans visage, le film d'Urueta ne peut pour autant pas se targuer d'être au niveau de ses glorieux devanciers. Il n'en a pas l'ambition même s'il mêle astucieusement mélo et épouvante. C'est une œuvre plus modeste mais très respectable, au cachet indéniable et offrant son lot de belles séquences macabres. La belle photographie et la gestion du suspense sont également à souligner. Il y a davantage de réserves en revanche concernant le casting, particulièrement inégal.


Brewster's Millions
(Allan Dwan, 1945)

Réalisateur prolifique et parfois génial, Allan Dwan ne se montre ici pas particulièrement convaincant. La faute peut-être à un matériau, la screwball comedy, qui ne met pas en valeur ses qualités. Vieillot, plus assommant que bavard, doté d'une intrigue parfaitement ahurissante à laquelle le cinéaste ne semble pas se donner la peine de croire, le film en est réduit à reposer sur les épaules d'un Dennis O'Keefe plutôt bon au demeurant. 


Chicago Calling
(John Reinhardt, 1951)

La présence de Dan Duryea ainsi que l'introduction réaliste sont deux motifs qui laissent penser qu'il s'agit d'un film noir. Il n'en est rien. Nous avons là un drame familial bouleversant qui parle de déclassement social, du couple et de l'amour filial. L'acteur principal, habitué aux rôles de salaud et/ou de sociopathe, livre une prestation à contre-emploi d'une justesse remarquable. En somme, brillant par sa concision et son humanisme, Chicago Calling est un bijou hélas oublié de série B.


Les voitures qui ont mangé Paris
(Peter Weir, 1974)

Un titre pour le moins énigmatique et un premier film obscur, imparfait, aux contours difficilement saisissables. Et pourtant, il fascine tant il en dit long sur la société australienne, île-continent réduite ici à un trou paumé dont il est impossible de s'échapper. Il y a là quelque chose de surnaturel qui le situe quelque part entre le Buñuel de L'Ange exterminateur et Mad Max. Mais le plus fascinant sans doute dans cet anti-road movie, est qu'il annonce déjà les films suivants (et bien souvent remarquables) de Peter Weir. 


Home Town Story
(Arthur Pierson, 1951)

Si le film doit de ne pas être tombé dans l'oubli en raison de l'apparition d'une Marylin Monroe alors au début de sa carrière, il mérite pourtant d'être évoqué au-delà de cette anecdote. Modeste par sa durée et par sa forme, il est intéressant par son conservatisme (la communauté ressoudée suite à un grave accident, l'esprit d'entreprise constitutif de l'esprit américain) et surtout par la manière dont il aborde la politique. Aux antipodes d'un Ford, Pierson (également scénariste) développe un propos où l'engagement citoyen peut être motivé par l'amertume et la vengeance, au détriment du bien commun.


John McCabe
(Robert Altman, 1971)

Le titre original, McCabe & Mrs. Miller, rend davantage justice au contenu du film où le personnage incarné par Julie Christie est capital à la narration et à la profondeur du propos. Emblématique de ce que sera la "façon Altman", il reprend les motifs du western traditionnel pour mieux les contourner, les laisser de côté, et s'intéresser à l'avénement du XXème siècle et d'un capitalisme de plus en plus vampirique. C'est à la fois passionnant et stimulant, ne délaissant jamais les personnages au profit d'une étude abstraite de l'Amérique. Quant à la musique de Leonard Cohen, elle berce idéalement les images brumeuses de Vilmos Zsigmond. Sublime. 


L'Auberge de l'alpiniste mort
(Grigori Kromanov, 1979)

Curieux huis-clos estonien, entre thriller et film fantastique, où la musique semblant sortie tout droit du cerveau d'Artemiev occupe une place prédominante. Adaptant les frères Strougatski, Kromanov se débat avec un matériau pour le moins obscur (et un peu vain) et des personnages à l'excentricité inquiétante. Mais il faut reconnaître que le contraste entre les espaces sombres et confinés de l'hôtel d'un côté et l'éclatante blancheur des extérieurs alpins de l'autre a quelque chose de fascinant.


Cavalcade
(Frank Lloyd, 1933)

Si l'ambition narrative est indéniable (la vie d'une famille bourgeoise anglaise et de leurs domestiques entre 1899 et 1933), le résultat déçoit. Adapté d'une pièce de Noël Coward, le film paraît aujourd'hui daté et laborieux. Classique instantané à sa sortie et multi-oscarisé, il est l'archétype même du cinéma de convention où les bonnes intentions vieillissent bien plus mal que l'achèvement artistique. Que Melville ait pu le considérer comme l'un de ses films favoris demeure un mystère.


L'attaque du train postal
(Roberto Farias, 1962)

Tiré d'une histoire vraie, le film est moins un polar qu'une étude sociale au sein des favelas de Rio. L'attaque proprement dite ne dure pas plus de cinq minutes et sert de générique ; ce qui suit intéressant davantage le cinéaste (et le spectateur). Si le propos parait pertinent, il n'est pas servi par une distribution fabuleuse. Quant à la musique, omniprésente, elle dramatise artificiellement un récit qui se suffit pourtant à lui-même.


Un crime parfait
(William Castle, 1951)

Empruntant opportunément le sillon tracé par Sunset Boulevard et son immersion dans le monde du cinéma, Hollywood Story est un film-enquête malin, ficelé avec métier. Il a de plus le mérite de la concision même si le dénouement ne convainc que partiellement. Richard Conte est bon comme à son habitude et nous avons même droit à un caméo de Joel McCrea en plein tournage de ce qui semble être le chef-d'oeuvre de Jacques Tourneur: Stars in My Crown.


Après l'amour
(Léonce Perret, 1931)

La noblesse des sentiments ne saurait sauver ce film de l'ennui. Dieu que tout cela est lourd, laborieux et poussiéreux ! La mise en scène (hormis l'escapade à la mer) est statique pour ne pas dire purement illustrative, l'interprétation exagérément théâtrale et personne ne se donne la peine de croire au dénouement. La version de Maurice Tourneur, tournée quinze ans plus tard, n'est guère plus convaincante à ceci près que Pierre Blanchar est moins ridicule de Victor Francen.


La septième porte
(André Zwobada, 1947)

Ce conte arabe se déroulant au Maroc est une évocation intéressante de la jeunesse que l'on croit éternelle. Fonctionnant sur un principe circulaire, l'ensemble manque réelle de vigueur et, malgré le duo Aurenche-Bost, d'une véritable assise narrative. On regrette également que les acteurs (exception faite du toujours excellent Jean Servais) soient aussi fades et peu crédibles. Daté et ennuyeux.


L'assassin sans visage
(Richard Fleischer, 1949)

En dépit d'une interprétation très faible, tout ce qui fait le canevas d'un film noir à petit budget se retrouve ici: la précision de la mise en scène, la vivacité du montage, la narration ramassée. Chose plus intéressante encore, ce n'est pas à proprement parler un polar mais davantage un thriller psychologique délaissant l'action au profit d'une étude du profil du tueur.  Fleischer continue de fourbir ses armes dans cette production RKO de 60 minutes avant de réaliser son premier grand film: The Narrow Margin.


La Ciénaga
(Lucrecia Martel, 2001)

Difficile à appréhender, ce premier film se distingue par une maîtrise formelle évidente. Délaissant une narration trop linéaire, la cinéaste privilégie (et ce sera également le cas pour la suite de sa carrière) les ambiances, les non-dits. Ici, tout est poisseux, suffocant, comme le nord de l'Argentine en plein été et le pays frappé par la crise économique. La petite bourgeoisie locale, accablée par l'inaction, l'alcool et un conflit de générations, incarne une nation sclérosée, incapable de sortir de sa torpeur. Convaincant.