Le vent de la liberté
(Marta Meszaros, 1973)

Chronique pleine d'amertume dans laquelle, malgré les promesses d'une société égalitaire, la question de la lutte des classes n'est jamais résolue. Dans la Hongrie communiste que nous dépeint la cinéaste, prolétaires et intellectuels ne vivent pas ensemble, s'évitent, se méprisent. On songe à ces dernières minutes où chacun s'aperçoit que rien ne saurait briser la barrière sociale ; la beauté de l'actrice principale accentuant la cruauté du constat. Meszaros oblige, c'est aussi un portrait sensible de la condition féminine de l'époque. Joli film.


Darling chérie
(John Schlesinger, 1965)

Peinture très crue du Swinging London alors triomphant, le film souffre d'une écriture peu nuancée qui atténue la portée potentielle du propos. La libération des mœurs, incarnée par une Julie Christie convaincante, ne va pas sans arrivisme ni cruauté, c'est en somme le message de Darling. Mais la multiplication des situations, rendant le parcours de l'héroïne peu vraisemblable, nuit à l'implication du spectateur. Reste le plaisir toujours intact de revoir cet immense acteur qu'est Dirk Bogarde.


Arrebato
(Ivan Zulueta, 1979)

L'aura acquise par ce film année après année demeure un mystère. Certes, c'est une œuvre de passionné de cinéma mais le caractère expérimental et théorique d'Arrebato finit par rebuter. La voix-off foireuse et la post-synchronisation catastrophique n'y sont pas pour rien. Mais que dire de la vacuité sidérante du scénario ? On sait que la rigueur narrative n'est jamais le fort du cinéma underground mais nous sommes ici en présence d'une sorte de délire sous opiacé où l'héroïne (la drogue) semble tenir le rôle principal. Chiant.


L'engrenage
(Fatih Akin, 1998)

Le premier film du cinéaste allemand contient déjà toutes les problématiques liées à l'intégration des populations immigrées qu'il développera par la suite. Il y a quelque chose qui fait penser à du James Gray dans la manière qu'ont les deux d'opposer l'espoir du droit chemin à la fatalité de la délinquance. Tout n'est pas parfait, le trait est encore un peu grossier, mais on loue l'authenticité du propos (c'est en somme la jeunesse d'Akin). Le trio d'acteurs est convaincant.


Le couteau
(Zika Mitrovic, 1967)

Film policier qui remet en question avec une certaine intelligence la notion de victime (ici un chanteur de charme qui a tous les défauts tels que perçus par une société traditionnelle). C'est original, loufoque, malicieux et parfois même drôle. La mise en scène et la photographie traduisent une véritable personnalité derrière la caméra et donc la présence d'un auteur. Notons aussi l'astucieuse utilisation du célèbre thème de Peer Gynt de Grieg, ritournelle rythmant cette agréable fantaisie.


La femme du dimanche
(Luigi Comencini, 1975)

L'adaptation d'Age et Scarpelli conserve la vulgarité du matériau littéraire d'origine (un obsédé sexuel assassiné à coups de sexe en pierre) mais aussi, et surtout, son étude de la grande bourgeoisie turinoise décadente. C'est bien entendu cet aspect qui est le plus intéressant, les auteurs délaissant progressivement l'intrigue policière pour une analyse pertinente des rapports sociaux, de la déliquescence de la démocratie chrétienne. Les images de Comencini sont froides, à l'image des pantins qu'il met en scène, rappelant en cela son Casanova


Adieu Philippine
(Jacques Rozier, 1962)

Film emblématique de la Nouvelle Vague, avec les qualités et les défauts inhérents au mouvement. Côté qualités, on souligne bien entendu une certaine spontanéité, sorte de bulle d'oxygène au sein d'une société qui vit encore au rythme de la guerre d'Algérie, et les libertés prises par Rozier. C'est incontestablement marquant mais tout cela apparait finalement bien peu de choses. La liberté prend rapidement des atours de désinvolture : narration artificiellement heurtée, post-synchronisation foireuse, acteurs médiocres, récit sans grand intérêt. Une question : et si tout ceci n'avait pas été plus important pour la critique cinématographique que pour le Cinéma à proprement parler ?



Stark Fear
(Ned Hockman, 1962)

Unique réalisation de Ned Hockman, Stark Fear est un film noir au budget très modeste dont les qualités sont pourtant bien réelles. S'il verse dans un psychologisme de bas étage (les tourments de l'héroïne finissent par fatiguer en dépit d'une actrice, Berverly Garland, convaincante), il ne faut pas mésestimer la mise en scène, qui évoque par sa sécheresse Boetticher ou Fuller. Skip Homeier (co-réalisateur non crédité) est une sorte de Lee Marvin d'occasion, impressionnant de présence. Pas mal du tout.


Etrange mariage
(William Castle, 1944)

Petit film noir sans beaucoup d'atouts si ce n'est son scénario vaguement hitchcockien, la présence déjà très affirmée de Mitchum et une apparition furtive de la sublime Rhonda Flemming alors débutante. Pour le reste, c'est assez routinier et prévisible, la mise en scène ne se donnant pas la peine de transcender cet ensemble terne. Bref, soixante-dix minutes totalement oubliables.


Hush-a-Bye Baby
(Margo Harkin, 1990)

L'insouciance juvénile rattrapée par les tensions en Irlande du Nord et le poids des valeurs catholiques. C'est un joli film qui entretient une parenté certaine avec le cinéma de Ken Loach, où naturalisme rime le plus souvent -hélas- avec militantisme. Les jeunes acteurs sont bons et incarnent leur personnage avec conviction. La mise en scène est plus illustrative qu'autre chose avec une photographie bien entendu dégueulasse, à l'image de la météo locale. 


The Age of Consent
(Gregory La Cava, 1932)

Si l'interprétation reste très inégale, si le scénario parait artificiel, cela n'altère cependant pas l'acuité du film. La justesse et le progressisme avec lesquels La Cava traite cette histoire de jeunes adultes soumis à l'institution bourgeoise sont à souligner, d'autant plus au début des années 30 dans une société encore largement puritaine. C'est également une belle métaphore du passage à l'âge adulte dont le cinéma américain ne cessera de faire un de ses sujets de prédilection. La liberté de ton en vigueur avant la mise en place du Code Hays est ici particulièrement prégnante. Et ce, même si le happy-end parait hélas très conventionnel.


Mauvaise graine
(Billy Wilder & Alexander Esway, 1934)

Les tourments de l'entre-deux-guerres ont fait que Billy Wilder (co)réalisa son premier film en France. Hélas, Mauvaise graine n'a pas mérité autrement que par cette anecdote son passage à la postérité. Le récit est inintéressant (un jeune bourgeois passionné d'automobile se retrouve acoquiné avec une bande de malfrats...), les acteurs peu convaincants (exception faite de la toute jeune Danielle Darrieux) et la mise en scène illustrative. Seules quelques scènes fugaces en extérieur relèvent joliment un ensemble terriblement fade.


Chocolat
(Claire Denis, 1988)

Largement autobiographique, ce premier film est une chronique à hauteur d'enfant sur la fin de l'expérience coloniale en Afrique. La cinéaste capte les rapports humains entre locaux et métropolitains, noirs et blancs, colons bienveillants (le personnage du père, avec un Cluzet plutôt bon) et d'autres moins recommandables. Plus intéressante encore, l'attirance entre la mère et le serviteur noir. Claire Denis filme les regards, la tension latente entre les deux personnages avec subtilité. Chocolat est d'ailleurs une œuvre à la mise en scène déjà très sûre. Dommage que le rythme soit par trop languissant et l'interprétation inégale.



Le dernier pénitencier
(Stephanie Rothman, 1973)

Carpenter et Fukasaku ont probablement vu ce film, moins pour ses qualités intrinsèques (rares) que pour son idée de départ. La recette appartient au cinéma d'exploitation propre aux productions Corman de la période : de la violence, des jolies femmes souvent légères et une bande originale à la cool. Nous ne sommes même pas très loin de la blaxploitation avec la moitié des personnages afro-américains et un sous-texte politique subversif (le personnage du médecin dont la décision finale en dit long sur l'état de la société américaine).



Group Marriage
(Stephanie Rothman, 1972)

Petit film qui capte un certain air du temps, un vent de fraicheur et de libéralisme sociétal qui soufflait sur l'Amérique d'alors. Les actrices sont extrêmement belles et parfois dénudées, ce qui ne gâche rien. Mais cet érotisme (tout comme l'humour un peu lourdingue) sert de masque à une réalité plus problématique où la libération des mœurs (et donc de la femme) s'avère un chemin plus épineux qu'il n'y parait. Un témoignage intéressant à défaut d'être une œuvre véritablement aboutie.