Someone to Remember
(Robert Siodmak, 1943)

La délicatesse du traitement le dispute à l'élégance de la mise en scène. Pour s'en convaincre, il faut voir comment Siodmak introduit son histoire, à l'occasion d'un plan-séquence pleinement justifié par la nécessité du récit et jamais ostentatoire. Car Someone to Remember a la pureté des plus beaux classiques hollywoodiens, où l'émotion affleure par touches grâce à une écriture subtile. Ainsi, la conclusion sublime un film sur un amour maternel inconditionnel où l'aveuglement est synonyme de dévouement. Très beau.


La Califfa
(Alberto Bevilacqua, 1970)

On ne retiendra de La Califfa que le couple vedette (Tognazzi impressionne par sa présence, quant à Romy Schneider, elle a rarement été aussi belle et dénudée) et la jolie musique de Morricone. Pour le reste, cette bouillie sentimentalo-politique tourne plus d'une fois au risible tant les enjeux sociaux paraissent constamment relégués au second plan. La narration est par ailleurs inutilement alambiquée, comme pour donner un supplément d'âme à un film suffisant et mal foutu (Bevilacqua n'est pas un cinéaste et ça se voit). N'est pas Rosi ou Petri qui veut...


Les garçons
(Mauro Bolognini, 1959)

Adapté d'un récit de Pasolini (crédité au scénario), Les garçons est un film intéressant sur les bas-fonds romains et les laissés pour compte, ces fils incapables de devenir des hommes et ces femmes contraintes de se vendre pour survivre. La beauté des images (surtout les actrices, sublimes) apportent un contrepoint aux comportements des personnages, tantôt violents, tantôt insolents, toujours perdus. Un peu moins convaincu en revanche par Brialy et Terzieff.


Amours déchus (Stanley Kwan, 1986)

Le deuxième film du cinéaste est une œuvre impressionnante de maîtrise. Formellement d'abord puisque la réalisation est d'une fluidité encore plus prégnante que dans Women ; aisance confirmée aussi bien dans les scènes intimistes (la séquence finale déchirante) que dans les plans plus larges, où le montage fait merveille. En matière de narration ensuite, car très intelligemment l'assassinat qui survient au bout de 30 minutes est moins le prétexte à l'enquête proprement dite qu'à une étude profonde et émouvante des rapports entre les personnages. Les acteurs (surtout Tony Leung et Chow Yun-Fat) sont excellents. Un bijou.


Couteau rouillé
(Toshio Masuda, 1958)

Une production typique des polars que sortait la Nikkatsu à cette époque: violence explicite, ancrage social, réflexion sur la justice et la marginalité. Masuda, alors à ses débuts, réalise un film âpre et extrêmement tendu (qu'on se souvienne de l'assassinat dans le train pour s'en convaincre) qui donne à voir un Japon sans repère depuis la défaite, empêtré dans une acceptation tacite de la peur et de la soumission. La dernière séquence est d'une beauté stupéfiante.


La cabeza viviente
(Chano Urueta, 1963)

Vétéran du cinéma mexicain (50 ans de carrière du muet aux années 70), Chano Urueta a logiquement épousé toutes les modes, parmi lesquelles le genre gothique mâtiné d'horreur (ou l'inverse, c'est selon). Ici, de vieilles légendes aztèques servent de prétexte à un film aux allures de catastrophe : aucun rythme, des acteurs laissés à eux-mêmes, une intrigue risible et une mise en scène inexistante. Restent deux ou trois plans d'une violence certes suggérée mais qui fait son effet. C'est peu.


L'ennui et sa diversion, l'érotisme
(Damiano Damiani, 1963)

Logique: d'un bouquin chiant de Moravia sur la vie inintéressante de nantis qui cherchent un sens à leur existence, Damiani et son scénariste Tonino Guerra ont tiré un film tout aussi chiant. On y suit encore sans véritable intérêt les errements d'un jeune bourgeois qui trompe l'ennui avec une fille sans attache. Bien sûr (et heureusement), la très jolie Catherine Spaak illumine de sa présence cette œuvre difficilement aimable parce que totalement vaine dans son traitement du désir et des rapports sociaux.


Le pot-de-vin
(Sergio Corbucci, 1978)

Derrière la prestation désabusée d'un grand Manfredi (presque aussi grand que dans Pain et chocolat, c'est dire) se cache un film politique percutant et très sombre sur la collusion entre la mafia, le milieu des affaires et la politique. Corbucci alterne le comique voire le loufoque (la découverte des cadavres, la dégustation de spaghettis comme torture, les relations entre le héros et sa compagne) avec des considérations plus tragiques (les derniers dialogues avec Tognazzi, commissaire de police sans illusion sur l'état de son pays). Efficace et très bien écrit, La mazzetta est une réussite complète.


Adieu jeunesse
(Henry King, 1941)

De manière certaine, l'un des sommets du cinéaste. Concision du récit, dynamisme de la mise en scène, souveraine pudeur, bienveillance envers les personnages... toutes les qualités rencontrées au cours de sa longue et précieuse filmographie sont ici parfaitement éclatantes. Le long flash-back narrant la rencontre entre un garçon tempétueux et son institutrice est un modèle de narration où King prend soin de mettre sur un pied d'égalité les deux protagonistes. Superbe aussi l'histoire d'amour qui se noue entre les excellents John Payne et Claudette Colbert. Magnifiques enfin, ces dernières minutes où l'émotion affleure partout (le sourire, les retrouvailles, l'évocation tragique et retenue d'un mariage brisé par la guerre...). Pas de doute, Remember the Day est un grand film.


Heartland
(Richard Pearce, 1979)

En son temps vainqueur de l'ours d'or à Berlin, Heartland est un film à la tendance résolument réaliste. La dureté de la vie au début du XXème siècle dans une contrée reculée du Wyoming est captée avec une précision documentaire : le froid extrême, l'isolement, le travail de la terre et l'élevage de bétail, la mort. Les deux acteurs principaux sont superbes et incarnent avec justesse ce qu'on pourrait appeler "la vérité des humbles", celle que les épreuves soudent. Très beau, comme les généreux plans des Rocheuses.


Chacun son alibi
(Mario Camerini, 1960)

Malgré une distribution cinq étoiles et la présence de Sonego à l'écriture, le film est une vraie déception. En dépit donc de l'abattage des trois acteurs principaux (surtout Sordi, bien entendu), ce qui fait le prix des bonnes comédies italiennes (critique de la modernité, des mœurs, du poids des traditions, la satire sociale...) est étonnamment absent. Crimen est vide de toute substance et, si quelques scènes sont assez réussies et savoureuses, il n'en reste finalement pas grand chose.


Confession
(Joe May, 1937)

Film poussif qui n'apporte rien à la première version tournée deux ans plus tôt par Willi Forst. Sans inventivité, Joe May se contente de transposer l'histoire en anglais où les acteurs ne brillent pas et ne font pas oublier leur prédécesseurs (Kay Francis affreuse de dolorisme dans les séquences de procès, Basil Rathbone cabotine). La mise en scène est certes appliquée mais n'a pas l'audace visuelle du film original. En somme, un remake inutile. Comme souvent.


Hotel Pacific
(Janusz Majewski, 1975)

Les rapports hiérarchiques au sein d'un grand restaurant comme métaphore évidente de la lutte des classes. Le film montre avec justesse la cruauté des petits chefs, la lâcheté de la plupart des employés humiliés au quotidien, le mépris de la riche clientèle. Fort heureusement, la charge est tempérée par un regard sans illusion sur le pouvoir (lorsque Marek se trouve promu) et une mise en scène qui évite toute confusion malgré le rythme effréné des différents services. Les acteurs sont excellents.


La garce
(King Vidor, 1949)

Visiblement mutilée par la censure et très en deçà des attentes du cinéaste et des acteurs, La garce est une œuvre bizarre, de fait bancale et déroutante. Evidemment, le choix de Bette Davis est discutable ; elle n'est, pour tout dire, absolument pas crédible dans le rôle principal (assez détestable au demeurant). La faute à son âge probablement et à une prestation caricaturale qui siéra davantage au cinéma de Robert Aldrich. L'oppressante industrialisation est en revanche bien rendue et la séquence de la déambulation cauchemardesque sous la pluie est un grand moment de cinéma.


La farce tragique
(Alessandro Blasetti, 1942)

Ennui poli devant cette plate adaptation d'une pièce de théâtre entièrement tournée en studio. Certes, le renversement de situation entre les deux personnages principaux (et caricaturaux) amène un semblant de dynamisme au récit. Mais l'ensemble parait empesé et bavard malgré une reconstitution appliquée (beauté des décors et des costumes). Anecdotique, le film l'est aussi en montrant ce qui semble être les premiers seins nus de l'histoire du cinéma italien.