She-Man: A Story of Fixation
(Bob Clark, 1967)

L'introduction et la conclusion du film, nécessaires vu l'époque mais lourdement moralistes, privent le film d'une immersion totale dans le milieu homosexuel et travesti américain. Cela n'empêche pas Bob Clark, limité en moyens, d'investir le sujet sans mépris ni démagogie progressiste tout en maintenant un malaise constant (une histoire de chantage particulièrement glauque). Mais finalement, le film en dit moins sur le milieu qu'il est censé étudier que sur la nature humaine, ses bassesses et la capacité de chacun à se soumettre à l'autorité. Une curiosité.

  

Rhapsodie hongroise (Miklos Jancso, 1979)

La beauté des images et la maîtrise sidérante de l'espace peinent malgré tout à s'impliquer totalement dans cet ensemble un peu abstrait. La langue de Jancso, abstraite et très chorégraphiée, impose une distance au spectateur qui ne serait pas totalement au fait de l'histoire hongroise moderne. Ici, les tourments de l'Histoire (entre fidélité à l'ordre et Révolution) sont incarnés par deux frères qui choisissent des voix opposées. C'est une œuvre intellectuellement aboutie mais on peut regretter que l'émotion, premier moteur de l'art cinématographique, soit relayée à de lointains affects.


Hollywood 90028
(Christina Hornisher, 1973)

Investissant les codes du cinéma d'exploitation pour mieux les détourner, Hornisher dresse le portrait d'une Amérique faussement libérale et libérée. C'est finalement un cauchemar de la solitude contemporaine et de l'industrie cinématographique qui est un ici filmé, sous des formes à la fois voluptueuses, psychédéliques et ensoleillées. La pellicule, typique du cinéma grindhouse, est granuleuse à souhait, parfaitement en adéquation avec cette déambulation presque hallucinée dans le Los Angeles du début des années 70. Une œuvre à la fois déroutante et passionnante.


Le criminel mystérieux
(Joseph Lerner, 1950)

De ce petit polar de série, on retiendra principalement la prestation émouvante de Zachary Scott en ex-flic rongé par l'alcool. Le film en lui-même ne convainc que partiellement. Si l'atmosphère et la photographie sont à mettre au crédit de Guilty Bystander, force est de constater que le scénario, d'abord plutôt excitant, s'égare un à cause d'un trop plein de personnages et de rebondissements pour se révéler finalement trop long.


Demain beau temps au Japon
(Hiroshi Shimizu, 1948)

Une douzaine d'années après le lumineux Monsieur Merci, Shimizu en reprend la trame narrative (un trajet un bus prétexte à plusieurs saynètes) pour réaliser un nouveau chef-d'œuvre d'humanité et d'émotion. Ici, la défaite du Japon incite le cinéaste et ses personnages à davantage de mélancolie et de fatalité. Des scènes aussi subtiles que bouleversantes rythment le récit (qu'on songe par exemple à l'opposition entre un mutilé de guerre et un officier ou au dialogue entre un aveugle et un sourd et muet). Transcendée par une mise en scène précise et toujours valorisante pour les protagonistes, la chronique touche par sa simplicité et confirme Shimizu au sein du premier cercle des cinéastes nippons, et donc mondiaux.


Black Rain
(Ridley Scott, 1989)

La médiocrité de la dramaturgie, les artifices de la narration, la faiblesse de la caractérisation des personnages auraient largement pu condamner Black Rain au statut (devenu hélas fort enviable aujourd'hui) de nanar. Ce serait omettre (et reconnaître) la qualité de la mise en scène et la beauté des images. Si cela ne suffit pas à faire un film, c'est pourtant là-dessus que Scott aura capitalisé durant toute sa carrière après l'échec de Legend.


Love Letter
(Shunji Iwai, 1995)

L'une des œuvres maîtresses du cinéma nippon de la toute fin du XXème siècle, à n'en point douter. A l'instar de Somai, Iwai s'avère être un cinéaste d'une très grande sensibilité. Le propos (un film vertigineux sur l'amour et la mémoire) est superbement valorisé par une maestria technique incontestable où la beauté des nombreuses séquences enneigées (à commencer par l'ouverture) est soutenue par l'entêtante musique de Remedios. L'ambition de la narration peut quant à elle dérouter de prime abord mais se révèle limpide à mesure que le récit avance. Sublime.


Le vent de la liberté
(Marta Meszaros, 1973)

Chronique pleine d'amertume dans laquelle, malgré les promesses d'une société égalitaire, la question de la lutte des classes n'est jamais résolue. Dans la Hongrie communiste que nous dépeint la cinéaste, prolétaires et intellectuels ne vivent pas ensemble, s'évitent, se méprisent. On songe à ces dernières minutes où chacun s'aperçoit que rien ne saurait briser la barrière sociale ; la beauté de l'actrice principale accentuant la cruauté du constat. Meszaros oblige, c'est aussi un portrait sensible de la condition féminine de l'époque. Joli film.


Darling chérie
(John Schlesinger, 1965)

Peinture très crue du Swinging London alors triomphant, le film souffre d'une écriture peu nuancée qui atténue la portée potentielle du propos. La libération des mœurs, incarnée par une Julie Christie convaincante, ne va pas sans arrivisme ni cruauté, c'est en somme le message de Darling. Mais la multiplication des situations, rendant le parcours de l'héroïne peu vraisemblable, nuit à l'implication du spectateur. Reste le plaisir toujours intact de revoir cet immense acteur qu'est Dirk Bogarde.


Arrebato
(Ivan Zulueta, 1979)

L'aura acquise par ce film année après année demeure un mystère. Certes, c'est une œuvre de passionné de cinéma mais le caractère expérimental et théorique d'Arrebato finit par rebuter. La voix-off foireuse et la post-synchronisation catastrophique n'y sont pas pour rien. Mais que dire de la vacuité sidérante du scénario ? On sait que la rigueur narrative n'est jamais le fort du cinéma underground mais nous sommes ici en présence d'une sorte de délire sous opiacé où l'héroïne (la drogue) semble tenir le rôle principal. Chiant.


L'engrenage
(Fatih Akin, 1998)

Le premier film du cinéaste allemand contient déjà toutes les problématiques liées à l'intégration des populations immigrées qu'il développera par la suite. Il y a quelque chose qui fait penser à du James Gray dans la manière qu'ont les deux d'opposer l'espoir du droit chemin à la fatalité de la délinquance. Tout n'est pas parfait, le trait est encore un peu grossier, mais on loue l'authenticité du propos (c'est en somme la jeunesse d'Akin). Le trio d'acteurs est convaincant.


Le couteau
(Zika Mitrovic, 1967)

Film policier qui remet en question avec une certaine intelligence la notion de victime (ici un chanteur de charme qui a tous les défauts tels que perçus par une société traditionnelle). C'est original, loufoque, malicieux et parfois même drôle. La mise en scène et la photographie traduisent une véritable personnalité derrière la caméra et donc la présence d'un auteur. Notons aussi l'astucieuse utilisation du célèbre thème de Peer Gynt de Grieg, ritournelle rythmant cette agréable fantaisie.


La femme du dimanche
(Luigi Comencini, 1975)

L'adaptation d'Age et Scarpelli conserve la vulgarité du matériau littéraire d'origine (un obsédé sexuel assassiné à coups de sexe en pierre) mais aussi, et surtout, son étude de la grande bourgeoisie turinoise décadente. C'est bien entendu cet aspect qui est le plus intéressant, les auteurs délaissant progressivement l'intrigue policière pour une analyse pertinente des rapports sociaux, de la déliquescence de la démocratie chrétienne. Les images de Comencini sont froides, à l'image des pantins qu'il met en scène, rappelant en cela son Casanova. 


Adieu Philippine
(Jacques Rozier, 1962)

Film emblématique de la Nouvelle Vague, avec les qualités et les défauts inhérents au mouvement. Côté qualités, on souligne bien entendu une certaine spontanéité, sorte de bulle d'oxygène au sein d'une société qui vit encore au rythme de la guerre d'Algérie, et les libertés prises par Rozier. C'est incontestablement marquant mais tout cela apparait finalement bien peu de choses. La liberté prend rapidement des atours de désinvolture : narration artificiellement heurtée, post-synchronisation foireuse, acteurs médiocres, récit sans grand intérêt. Une question : et si tout ceci n'avait pas été plus important pour la critique cinématographique que pour le Cinéma à proprement parler ?



Stark Fear
(Ned Hockman, 1962)

Unique réalisation de Ned Hockman, Stark Fear est un film noir au budget très modeste dont les qualités sont pourtant bien réelles. S'il verse dans un psychologisme de bas étage (les tourments de l'héroïne finissent par fatiguer en dépit d'une actrice, Berverly Garland, convaincante), il ne faut pas mésestimer la mise en scène, qui évoque par sa sécheresse Boetticher ou Fuller. Skip Homeier (co-réalisateur non crédité) est une sorte de Lee Marvin d'occasion, impressionnant de présence. Pas mal du tout.