Les dernières fiançailles
(Jean-Pierre Lefebvre, 1973)

Quiconque doué d'un minimum de sensibilité comprend la démarche du cinéaste et loue le dépouillement de la mise en scène face à un tel sujet. Seulement, le film a finalement les défauts de ses qualités: à force de réalisme, à force de silences, de tic-tacs d'horloge qui n'en finissent plus de rythmer le quotidien du couple septuagénaire, le dépouillement vire au sordide. Et si la tendresse pudique des deux protagonistes peut émouvoir, on finit par s'emmerder rapidement. Froid comme un hiver québécois. 


Tandem
(Patrice Leconte, 1987)

La sincérité du propos (la tragique histoire de Michel Mortez, clown triste présentant un jeu radiophonique inspiré du Jeu des Mille Francs) emporte l'adhésion. Porté par deux acteurs formidables (Rochefort bien entendu mais aussi Gérard Jugnot qui a rarement été aussi bon), Tandem est un film authentiquement bouleversant dans lequel chaque scène, chaque dialogue, porte la marque d'une criante vérité. Ce road-movie à la française a des faux airs de comédie italienne où le rire devient l'élégance de la tristesse. Le meilleur film de Patrice Leconte.


Mystère à Mexico
(Robert Wise, 1948)

Ce qui débute comme un film noir s'avère finalement être une enquête aux accents romantiques un peu fade. Bien malin celui qui saurait déceler un semblant de personnalité derrière la caméra, Wise se fait les dents avec cette production RKO, se contentant de mettre en boite un scénario routinier et sans grand intérêt. Le budget dérisoire pourrait inciter à la mansuétude, mais les acteurs, parfaitement insipides, n'aident jamais à s'investir.


La bande Casaroli
(Florestano Vancini, 1962)

Situé de manière exemplaire (thématiquement et historiquement) entre le néo-réalisme et le poliziottesco, le film est passionnant. Le long traveling inaugural qui nous présente une Bologne plongée dans la brume est d'une beauté stupéfiante et annonce la modernité formelle de La banda Casaroli. Inspiré de faits réels, le récit mettant en scène trois acteurs formidables (Salvatori, Milian et Brialy) est l'opportunité pour l'auteur d'évoquer l'immédiate après-guerre avec, toujours en filigrane, le poids du fascisme dans l'inconscient collectif. Un chef-d'œuvre qui mériterait de sortir de l'oubli dans lequel il est aujourd'hui plongé.


Le baiser devant le miroir
(James Whale, 1933)

Le dilemme moral devant lequel se retrouve le personnage de l'avocat est intéressant et la mise en scène plutôt fluide. Seulement, le film est plombé par une théâtralité dans l'interprétation très exagérée  (la séquence du procès vire rapidement au risible ne faisant que confirmer le faible niveau des acteurs) et un dénouement en forme de happy-end tristement conventionnel. Un constat d'autant plus dommageable que les premières minutes (jusqu'à l'assassinat) laissent entrevoir quelque chose de plus stimulant.


Le temps de la revanche
(Adolfo Aristarain, 1981)

Le parcours du héros cristallise la lutte de l'individu contre la mainmise des grands groupes capitalistes sur l'ensemble de la société. Mais, fort intelligemment, le cinéaste n'en fait pas un tract politique au sens bassement militant. C'est une réflexion puissante sur la marginalité et les rapports de classes, sur l'implacable pouvoir de l'argent. La narration est un modèle de développement avec une tension grandissante à mesure que le plan s'ourdit, s'exécute, et que le personnage incarné par un grand Federico Luppi s'enferme dans le mutisme. L'ultime séquence est, à la mesure du récit, inoubliable.



Le 84 prend des vacances
(Léo Joannon, 1950)

La qualité française dénoncée par Truffaut et consorts dans ce qu'elle a de plus lénifiant... Un monument de stupidité et de lourdeur durant lequel la succession de gags pas drôles et de péripéties ineptes achèvent petit à petit le spectateur. Quant à l'argument fondateur (un conducteur de bus prend en chasse la voiture dans laquelle sa femme s'enfuit avec son amant), il traduit bien les intentions vaudevillesques des auteurs ; avec toutes les caricatures d'usage. Nul.


Quelle drôle de gosse !
(Léo Joannon, 1935)

La légèreté du propos (qui ne s'interdit pas d'égratigner les mœurs bourgeoises au passage) n'évite pas un certain académisme mais il serait idiot de bouder son plaisir. Danielle Darrieux, 18 ans, est absolument charmante et délicieuse de cabotinage. Elle est l'élément central du film, cette gosse dont sont victimes les excellents Albert Préjean et Lucien Baroux. Le rythme, l'abattage des comédiens et les artifices narratifs font penser à une screwball comedy.


Private Parts
(Paul Bartel, 1972)

Un petit film de série réjouissant dans lequel Bartel explore la part intime de l'Amérique avec un regard corrosif à souhait. Le tableau qui est fait du Los Angeles du début des années 70 et donc, plus largement, du phare du monde libre est certes scabreux mais tance à la fois la rigidité réactionnaire que le mirage libertaire. Grâce à une mise en scène astucieuse au sein de l'inquiétant King Edward Hotel, masques et voyeurisme sont au centre du dispositif. Les acteurs portent avec conviction ce premier long-métrage prometteur.

 

Le rouge et le noir
(Claude Autant-Lara, 1954)

Adaptation appliquée et fidèle du classique de Stendhal. Hélas, classique rime ici avec académisme. Jamais en effet le film ne transcende cinématographiquement son matériau d'origine, se bornant à restituer le récit de l'ascension et de la chute de Julien Sorel avec le regard des lecteurs admiratifs (et timides) que sont Bost, Aurenche et Autant-Lara. L'artifice de la voix-off ne dynamise en rien la narration, bien au contraire. Mais Gérard Philipe et Danielle Darrieux sont excellents, les couleurs jolies et la reconstitution de la France de 1830 convaincante.


Lettre d'amour
(Kinuyo Tanaka, 1953)

Le premier film de la cinéaste est plein de promesses mais paraît encore corseté. Si le dénouement est un peu convenu, on ne peut nier la force du récit et la beauté de certaines séquences (les retrouvailles sur le quai de la gare, l'évocation de l'enfance, les révélations sur la vie de Michiko...). Mais Lettre d'amour, au-delà de son canevas mélodramatique, est surtout intéressant quand il aborde le devenir des femmes dans le Japon d'après-guerre. Celles qui sont obligées de se prostituer pour survivre et les autres, délaissées par un soldat américain retourné dans son pays. A ce titre, Tanaka exprime une vérité particulièrement émouvante.


Cruel Gun Story
(Takumi Furukawa, 1964)

Polar efficace tourné pour la Nikkatsu, Cruel Gun Story s'inspire largement des films de casse américain tels que The Asphalt Jungle ou The Killing. La dimension sociale, la sortie de prison du héros, le plan qui échoue, les complices qui trahissent... tout les éléments sont réunis sans pour autant transcender un scénario assez balisé. Notons tout de même une belle photographie et quelques plans qui démontrent un sens esthétique non négligeable.


Un amour éternel
(Keisuke Kinoshita, 1961)

Mélodrame de haute tenue sur fond de haine domestique. Le récit s'étale sur une période de trente ans, divisée en cinq chapitres qui narrent chacun un épisode marquant de la vie du couple composé de Hideko Takamine et Tatsuya Nakadai (évidemment magnifiques, tout comme Keiji Sada, plus en retrait). Hormis la fin, qui déçoit un peu par son aspect conventionnel, le film est d'une grande beauté. Plastique d'abord, avec l'éclatante maîtrise du cadre et l'élégance des mouvements de caméra de Kinoshita ; thématique ensuite, puisque c'est, par le biais de cette histoire générationnelle, celle d'un Japon provincial qui est évoquée. Un jalon important au sein d'une filmographie essentielle.



Le mois le plus beau
(Guy Blanc, 1968)

Chronique provinciale à l'heure de la débâcle et de l'armistice de juin 40, Le mois le plus beau est un joli film. La gravité du fond n'est jamais éludée par le pittoresque de certains personnages (Géret et Galabru sont excellents) mais, surtout, jamais les auteurs ne s’appesantissent sur les malheurs de la guerre. C'est un certain humanisme qui irrigue tout le récit, même lorsque manque d'éclater le lynchage des réfugiés italiens. La mise en scène est par ailleurs assez fluide et les 80 minutes s'enchaînent sans heurts.


La Noire de...
(Ousmane Sembène, 1966)

La cinéma et la critique institutionnels étant des microcosmes de gauche, il était normal que ce film soit porté aux nues. Abordant frontalement la question du colonialisme et du racisme, réalisé par un cinéaste et écrivain militant, La Noire de... n'est pourtant pas exempt de défauts. A commencer par cet aspect sentencieux, excessivement rigide et désincarné (les acteurs sont nuls, ce qui fait évidemment penser à du Bresson). Pur produit de son époque, il ne brille pas non plus par l'équilibre de son propos (le patron est finalement plus un benêt qu'un progressiste). La mise en scène en revanche est des plus abouties, superbe de sécheresse, magnifiant la beauté naturelle de l'héroïne. Surestimé.