Pris au piège
(Edward Dmytryk, 1945)

Exécutant accompli, Dmytryk réalise ici un film qui ne s'encombre pas de vraisemblance. Dès les premières minutes, les arguments du scénario s'enchaînent de manière ahurissante et les moult rebondissements finissent par lasser. Mais il faut reconnaître à Cornered sa mise en scène léchée et la capacité des auteurs à utiliser les codes du film noir dans un contexte d'après-guerre. Côté interprétation, mention spéciale à Walter Slezak dans un rôle ambivalent.


La muerte camina en la lluvia
(Carlos Hugo Christensen, 1948)

Seconde adaptation de L'assassin habite au 21 après celle d'Henri-Georges Clouzot, cette déclinaison argentine est bien peu convaincante. Bien que le soin apporté au cadre (nombreux plans serrés sur les visages) confère au film un sentiment oppressant qui sied au récit, on regrette le peu d'inventivité, l'absence d'ambition formelle et une interprétation très inégale. En somme, la version de Christensen est terne et, parce que tournée en studio, ne montre rien de Buenos Aires.


The Perfect Game
(Toshio Masuda, 1958)

Réalisateur prolifique, Masuda entamait en 58 une longue et fructueuse collaboration avec la Nikkatsu. Ici, il nous invite à suivre plusieurs étudiants déterminés à réaliser un coup fourré pour éponger leurs dettes. La caméra est particulièrement dynamique (en témoigne les minutes inaugurales, véritable modèle d'introduction et de mise en scène) et les jeunes acteurs sont tous excellents. Les difficultés du Japon d'après-guerre sont certes évoquées mais la progression dramatique prend le pas sur la dimension sociologique. En dépit de ce léger déséquilibre, c'est un bon film.


Les amants de Brasmort
(Marcel Pagliero, 1951)

L'histoire à proprement parler n'est pas des plus passionnantes et manque d'un peu plus de rigueur narrative pour que le film soit une véritable réussite. Mais, et c'est vraiment saisissant, Pagliero instaure une ambiance réaliste qui emporte l'adhésion. Le soin apporté à peindre les conditions de vie des mariniers (tournage à Conflans-Sainte-Honorine) est notable et s'inscrit dans la même veine qu'Un homme marche dans la ville. La qualité de la photographie et la délicate musique de Georges Auric sont également à souligner.


People's Hero
(Derek Yee, 1987)

Derrière ses atours de polar et son parti-pris narratif (le huis-clos d'une prise d'otages), le film dresse le portrait d'une société hong-kongaise en proie au doute, entre l'horizon lointain de la rétrocession et des vies fragmentées. Certes, les acteurs sont inégaux, mais People's Hero se distingue néanmoins par un découpage précis et remarquablement efficace. Maîtrise d'un espace restreint, caractérisation des personnages pertinente, équilibre du récit et derniers instants au baroque sanglant : l'exercice de style est abouti.


Tatouage
(Yasuzo Masumura, 1966)

La conjonction de cinq talents : Tanizaki comme auteur du matériau littéraire d'origine, Kaneto Shindo à l'adaptation, Masumura derrière la caméra, Miyagawa à la photographie et enfin la superbe et vénéneuse Ayako Wakao dans le rôle principal. Visuellement, Tatouage est une splendeur. La sophistication des cadrages, la beauté de la photographie et des couleurs flamboyantes font du film un accomplissement artistique total. C'est aussi un portrait de femme saisissant, traversé par une fascination morbide pour le corps et la laideur morale des hommes. Certaines scènes hélas sont d'une affectation gênante, déjà entrevue dans Passion et tutoyant le ridicule dans La bête aveugle quelques années plus tard.


Mon grand
(William A. Wellman, 1932)

Pas le plus célèbre des films de Wild Bill, So Big est pourtant une belle réussite. C'est un portrait particulièrement touchant, celui des humbles et leur esprit sacrificiel. Barbara Stanwyck y campe un personnage superbe de dignité qui, après avoir échoué à réaliser ses rêves, cherche à orienter son fils dans le droit chemin. La caméra de Wellman est, en débit de sa sobriété, d'une acuité remarquable. Les dernières minutes, confirmant ainsi un talent certain pour l'intime, sont bouleversantes.


La Lune s'est levée
(Kinuyo Tanaka, 1955)

L'influence d'Ozu est manifeste. S'il est l'auteur du scénario écrit une dizaine d'années auparavant, l'actrice-réalisatrice a pris soin de demeurer fidèle au maître et à sa petite musique. Hommage ou cahier des charges ? Quoi qu'il en soit, la mise en scène épouse avec une tranquille sérénité les allées et venues des personnages, la caméra étant posée très bas, à hauteur de hanches. Les joies et les vicissitudes de trois sœurs aux caractères différents animent cette chronique familiale élégante dans un Japon confronté à la modernité.


Witness in the Dark
(Wolf Rilla, 1959)

Honnête série B anglaise qui met en scène un personnage principal aveugle qui est seul en capacité d'identifié un assassin. Sans fulgurances mais avec l'efficacité narrative (1h montre en main) qui sied à ce type de film à petit budget, Witness in the Dark joue le registre de la sobriété. Pour preuve, le recours au hors-champ et la réalisation un peu impersonnelle de Rilla qui sera plus inspiré dans Le village des damnés l'année suivante. Oubliable.


Tourments
(Luis Buñuel, 1953)

Portrait glaçant et inoubliable d'une jalousie paranoïaque comme rarement vue au cinéma, El est un film réussi qui charge, Buñuel oblige, la société patriarcale mexicaine et l'influence du clergé. La réalisation est fétichiste, documentaire, clinique même et à certains égards, expérimentale. On sent partout l'oppression vécu par le personnage interprété par Delia Garces et certaines scènes sont particulièrement marquantes (on songe bien sûr à celle du clocher qui influencera Hitchcock). La prestation d'Arturo de Cordova est excessivement forcée et handicape peut-être un peu l'ensemble.


Le fils de personne
(Raffaello Matarazzo, 1951)

Un mélodrame parmi les plus aboutis de Matarazzo. Certes, le scénario parait cousu de fil blanc et ne s'encombre pas de quelques facilités mais la mise en scène, toute en sobriété, s'accorde parfaitement avec le sujet traité. Deux séquences emportent l'adhésion: celle de l'incendie où le nouveau-né est censé disparaître et le dénouement où l'enfant dont l'identité est enfin révélée est victime d'un accident dans les carrières. La tragédie est alors à son paroxysme. Bon film.


L'ensorceleuse
(Frank Borzage, 1938)

La sensibilité du cinéaste est à l'œuvre. Même si elle se fait d'abord discrète, elle devient éclatante dans un dernier quart d'heure où culmine une sincérité bouleversante. On en regretterait presque la facture classique du film, sans doute héritée de l'origine théâtrale du scénario, et un développement certes maîtrisé mais attendu. Reste que Borzage n'a pas son pareil pour magnifier les sentiments de ses personnages (celui campé par Margaret Sullavan est superbe). Et quels acteurs !


The Fearmakers
 (Jacques Tourneur, 1958)

Si le film est intéressant dans la manière qu'il a d'aborder la question de la manipulation des masses, son exécution, elle, est moins convaincante. Bien que relativement ramassée (même pas 85 minutes), l'intrigue n'est pas des plus fluides. La faute sans doute à un scénario bavard, à des personnages par trop archétypaux (le binoclard falot amoureux de la secrétaire, la grosse brute alcoolique...) et le genre choisi (une enquête sur fond de paranoïa Est-Ouest) pour traiter le sujet. Heureusement, Dana Andrews est toujours aussi bon. 


Someone to Remember
(Robert Siodmak, 1943)

La délicatesse du traitement le dispute à l'élégance de la mise en scène. Pour s'en convaincre, il faut voir comment Siodmak introduit son histoire, à l'occasion d'un plan-séquence pleinement justifié par la nécessité du récit et jamais ostentatoire. Car Someone to Remember a la pureté des plus beaux classiques hollywoodiens, où l'émotion affleure par touches grâce à une écriture subtile. Ainsi, la conclusion sublime un film sur un amour maternel inconditionnel où l'aveuglement est synonyme de dévouement. Très beau.


La Califfa
(Alberto Bevilacqua, 1970)

On ne retiendra de La Califfa que le couple vedette (Tognazzi impressionne par sa présence, quant à Romy Schneider, elle a rarement été aussi belle et dénudée) et la jolie musique de Morricone. Pour le reste, cette bouillie sentimentalo-politique tourne plus d'une fois au risible tant les enjeux sociaux paraissent constamment relégués au second plan. La narration est par ailleurs inutilement alambiquée, comme pour donner un supplément d'âme à un film suffisant et mal foutu (Bevilacqua n'est pas un cinéaste et ça se voit). N'est pas Rosi ou Petri qui veut...