El vampiro negro
(Roman Viñoly Barreto, 1953)

Variation réussie du M de Fritz Lang, le film est une pépite. La mise en scène est au niveau des meilleurs films noirs américains, à la fois sèche et humanisant chaque protagoniste, et est doublée d'une superbe photographie où l'obscurité est un personnage à part entière. L'idée de montrer en parallèle les pulsions meurtrières de l'assassin et la frustration sexuelle du procureur ajoute une extraordinaire densité au récit. La poursuite dans l'usine est un grand moment de cinéma.


Ce merveilleux automne
(Mauro Bolognini, 1968)

Les émois d'un adolescent épris de sa tante (sensuelle et troublante Gina Lollobrigida). Au-delà de l'argument incestueux, Mauro Bolognini filme la décrépitude d'une famille et plus largement d'une Sicile archaïque, incapable d'embrasser la modernité. Mais le cinéaste ne semble pas trouver l'équilibre entre le récit à proprement parler et l'étude historique. Si Un bellissimo novembre annonce la série de films qu'il réalisera la décennie suivante, il manque d'un point de vue véritablement affirmé. Frustrant.


Vertiges
(Mauro Bolognini, 1975)

A partir de la fin des années 60, le cinéaste s'est attaché à raconter l'histoire de l'Italie pour en comprendre les maux contemporains. Avec Per le antiche scale (qu'on préfère au titre français, trop réducteur), il s'intéresse au fascisme en l'assimilant de manière plus ou moins convaincante à la folie. On comprend ce que Bolognini a voulu montrer et si le trait peut paraître un peu grossier dans sa démonstration, il faut reconnaitre à ce film déroutant son ambition. La photographie vaporeuse du grand Ennio Guarnieri se prête tout à fait aux décors froids et déshumanisés de l'asile et plusieurs séquences sont très réussies (l'ouverture avec le carnaval ou bien encore l'opposition finale entre Mastroianni et Françoise Fabian).


Débrouillez-vous !
(Mauro Bolognini, 1959)

Un beau film sur une dignité retrouvée, celle des déclassés que la guerre et ses ruines ont contraints de vivre chichement, partageant un toit pour plusieurs familles. Comme très souvent avec la comédie italienne, l'histoire est le prétexte à une étude de mœurs habile où sont moqués les travers de la société. L'humour est ici assez fin, malgré l'emménagement dans un ancien bordel. C'est aussi l'occasion de voir une Italie en reconstruction avec, au détour d'un plan, une vue sur les grands ensembles en chantier. Toto est égal à lui même : irrésistible.


Black Journal
(Mauro Bolognini, 1977)

D'un fait divers proprement hallucinant, Bolognini tire un film tragi-comique, où la farce côtoie le sordide. Comme pour souligner le grotesque de cette incroyable histoire, le cinéaste avait dans un premier temps décidé de confier tous les rôles féminins à des hommes. De cette idée de départ, ne resteront finalement que trois rôles (dont Max Von Sydow), ceux des trois victimes, tuées, hachées et transformées en savon. Une noirceur totale qui exprime le désespoir d'une femme rendue folle par trop d'amour et de souffrance. Shelley Winters est extraordinaire.


Liberté, mon amour
(Mauro Bolognini, 1975)

L'affiche, parfaitement racoleuse, est une insulte faite à Claudia Cardinale, au film et à son contenu. Passée cette précision nécessaire, Libera s'avère être une œuvre passionnante (malgré une mise en scène souvent ostentatoire) sur les années du fascisme et la résistance italienne. D'une quasi comédie au début, Bolognini donne progressivement à son récit un ton plus sombre jusqu'à verser dans la tragédie lorsque les événements se précipitent. Si l'actrice est bien sûr magnifique, il faut souligner la prestation remarquable des seconds rôles masculins qui apportent chacun une densité dramatique au récit. 


Avec la peau des autres
(Jacques Deray, 1966)

Malgré la promesse d'enjeux palpitants, le film n'est pas à la hauteur de ce qu'on attend d'une histoire d'espionnage à l'époque de la Guerre Froide. La faute sans doute à une densité dramatique inexistante (la mise en scène de Deray est purement illustrative), à des personnages avec peu d'épaisseur et à une narration très conventionnelle. Seules la belle musique de Michel Magne et la présence d'acteurs comme Lino Ventura ou Jean Bouise sauvent le spectateur de l'ennui.


La montagne d'argent
(Senkichi Taniguchi, 1947)

Ce très beau film est connu pour être le premier dans lequel Toshiro Mifune occupe un rôle important. Il est déjà impressionnant de magnétisme et partage l'affiche avec un autre compagnon de route de Kurosawa (au scénario), Takashi Shimura, lui aussi excellent. La mise en scène élégiaque de Taniguchi, le caractère grandiose et éclatant des décors enneigés et l'évolution des personnages (le dernier tiers du film et ses questionnements moraux confinent au sublime) font de La montagne d'argent un jalon important dans l'histoire du cinéma japonais. 


Le météore de la nuit
(Jack Arnold, 1953)

La modestie des moyens doit être relativisée tant la portée symbolique et le caractère peu spectaculaire du film lui confèrent une dimension assez intellectuelle. Avec le talent d'artisan qu'on lui connaît, Jack Arnold interroge le regard du spectateur et pose la question de l'altérité de manière subtile, introduisant le doute sur la véritable identité des personnages. En cela, il anticipe Invasion of the Body Snatchers, le chef-d'œuvre de Don Siegel. Sortie en pleine Guerre Froide, cette fable humaniste et finalement pacifiste a les nobles atours d'un classique de la série B.


Visez cette voiture de police
(Seijun Suzuki, 1960)

Premier des cinq films de Suzuki sortis en 60, ce polar nerveux est caractéristique des productions Nikkatsu d'alors. Puisant son inspiration dans le film noir américain de série B, le cinéaste prétexte une énième histoire d'assassinats et décrit une réalité contemporaine sinistre. La multiplication des pistes alourdit le récit (reconnaissons tout de même que raconter autant de choses en si peu de temps tient du tour de force) mais la flamboyance du style emporte l'adhésion.


Waterloo Bridge
(James Whale, 1931)

Un pré-Code typique : la véritable profession du personnage incarné par la touchante Mae Clarke est abordée sans fard, les conditions de vie des prolétaires anglais également, le rapport à la quasi nudité est décomplexé. La mise en scène de Whale, alors à ses débuts, est alerte, précise et même audacieuse à certains égards (qu'on songe à la déchirante scène finale). Seul Douglass Montgomery, assez fade, dénote un peu dans cet ensemble réussi.


L'empire du crime
(Fernando Di Leo, 1972)

Les ramifications internationales de la mafia, le quotidien de l'Italie des années de plomb, le proxénétisme... la violence thématique de La mala ordina est le prétexte à un film éreintant. S'il incarne exemplairement un genre en vogue, il n'est ni le plus abouti de son auteur ni le plus réussi formellement. L'efficacité du récit (ce qui est le minimum avec une intrigue ramassée et un montage épileptique) est handicapée par la caricature des personnages et une surenchère dans les effets. La séquence finale dans la casse automobile est à ce titre tout à fait éloquente.


Les trafiquants du Dunbar
(Basil Dearden, 1951)

La question du racisme est abordée frontalement et, pour la première fois dans le cinéma britannique, est couple mixte est présenté à l'écran. Si le film se bornait à cette audace, il resterait anecdotique. Là où Pool of London est vraiment intéressant, c'est dans la manière dont Dearden filme la capitale anglaise : la photographie est très élaborée, le spectateur assiste aux trafics, sorties, romances des personnages en étant véritablement conviés dans la ville. Un réalisme saisissant donc et un polar assurément bien emballé. La densité des dernières minutes vaut tous les discours sur la fraternité.


Traqué dans la ville (Pietro Germi, 1951)

L'ancrage réaliste (quelques infortunés braquent la caisse d'un stade un jour de match) permet une prise de vue en instantané de l'Italie d'après-guerre. Filmé comme un polar, La città si defende (le titre original, bien plus évocateur, rappelle l'implacabilité de la Loi) est une œuvre passionnante sur la fatalité quoiqu'assez artificielle dans la caractérisation des personnages. On regrette en effet que les auteurs (dont Fellini) aient fait de chacun d'entre eux un archétype (la brute, le lâche, le repenti, le cerveau). La scène finale, d'une grande densité dramatique, est assez belle.


Mes six forçats
(Hugo Fregonese, 1952)

Produit par Stanley Kramer, le film est bien entendu progressiste dans la manière qu'il a de décrire avec acuité l'univers carcéral par le prisme sinon de la réinsertion au moins de l'humanisation des prisonniers. Si l'histoire repose essentiellement sur la psychanalyse (et donc, hélas, un peu trop démonstrative), il faut tout de même lui reconnaitre une certaine pertinence dans la caractérisation de chacun des personnages. Fregonese mène tout cela habilement, dans un quasi huis-clos (exception faite du récit de Millard Mitchell, pas des plus convaincants).