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Le bourreau
(Luis Garcia Berlanga, 1963)

Probablement le chef-d'œuvre du duo Berlanga-Azcona où le juste équilibre entre comédie et noirceur tient à la précision de l'écriture. On y aborde avec cruauté la famille, les traditions et la modernité, le sexe, la société espagnole par le prisme d'un thème dominant : la mort. Cette mort que l'Etat donne aveuglément n'est pas sans conséquence pour l'homme du peuple, ce bourreau d'occasion (Nino Manfredi est extraordinaire, peut-être son meilleur rôle avec celui qu'il campait dans Pain et chocolat) qui devient à son tour la victime. D'une acuité saisissante, Le bourreau est un indispensable brûlot.

 

Placido
(Luis Garcia Berlanga, 1961)

L'Espagne franquiste est une fois de plus raillée avec intelligence et férocité, deux qualités propres au meilleur de la comédie italienne à laquelle Placido fait immanquablement penser. Le cynisme de la bourgeoisie y est brocardé avec délice, l'opposition entre classes sociales croquée avec un sens aigu de l'observation (et une tendresse toute particulière pour les humbles). C'est à la fois drôle, touchant et d'une terrible acuité. Berlanga s'impose décidément comme le cinéaste espagnol le plus stimulant de la période.


La carabine nationale
(Luis Garcia Berlanga, 1978)

Le film est une satire passionnante (et à certains égards délirante) du franquisme finissant, montrant avec férocité l'arrivisme, la veulerie et l'obscénité d'une classe dirigeante préoccupée par ses seuls intérêts. Le duo Berlanga-Azcona est particulièrement en verve, la mise en scène trouvant un parfait équilibre avec l'écriture incisive et pleine de drôlerie pathétique (la collection de poils pubiens !) du scénariste. Industriels, politiciens, curés... tout le monde en prend pour son grade sans que pour autant la farce ne verse dans la pamphlet gauchiste. Jubilatoire !


Bienvenue Mr. Marshall
(Luis Garcia Berlanga, 1953)

Satire très amusante qui raille avec malice et tendresse l'arrivée de la modernité (ou plus exactement les promesses de la modernité) au sein d'un petit village englué dans une tradition séculaire de tranquillité et, pour tout dire, de paresse. A certains égards, ça fait penser à une comédie italienne. En renvoyant dos-à-dos le mirage des bienfaits capitalistes et la gentille naïveté des locaux, les auteurs signent un film particulièrement fin et pittoresque, ne s'interdisant pas de critiquer la société espagnole. Ce qui, en pleine période franquiste, n'en finit pas de surprendre. Vraiment très bon.