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Manon
(Henri-Georges Clouzot, 1949)

Adaptation modernisée du célèbre livre de l‘abbé Prévost, Manon ne convainc guère. Deux raisons majeures (et non des moindres): la faiblesse des deux acteurs principaux (en particulier Cécile Aubry, insipide au possible) qui fait regretter de voir si peu Reggiani et moins encore Gabrielle Dorziat ; la longueur d’un film qui aurait gagné à être amputé de vingt bonnes minutes, en particulier dans son dernier tiers, exercice de style ostentatoire et ridicule de dolorisme. On l’aura compris, il s’agit de l’un des plus mauvais Clouzot.


Les espions (Henri-Georges Clouzot, 1957)

Derrière la façade bourgeoise d'un établissement de santé de Maisons-Laffitte, un psychiatre alcoolique et criblé de dettes. Clouzot installe comme à son habitude une ambiance délétère où transpirent paranoïa et contexte politique de l'époque. Le film est sans doute un peu trop long mais recèle de qualités: la mise en scène d'abord à laquelle Les espions doit beaucoup, la distribution remarquable ensuite (même Vera Clouzot, dans un rôle muet, n'est pas autant à gifler que d'habitude) et l'absence totale de dénouement avec le mot "fin" qui tombe comme un couperet. Clouzot poursuit ici son exploration de l'âme humaine et ce chemin sinueux qui existe entre culpabilité et innocence entamée dans Le corbeau. Avec cynisme, comme toujours. 

La vérité (Henri-Georges Clouzot, 1960)

L'affaire de crime passionnel qui occupe tout le récit (procès et reconstitution en flash-back des événements ayant menés au drame) n'est qu'un prétexte à une étude des mœurs de la France conservatrice (et hypocrite) d'alors. L'occasion également d'évoquer une jeunesse livrée à elle-même qui a à la fois des rêves de grandeur et des envies de suicide. La mise en scène d'Henri-Georges Clouzot est très habile, alternant la rigidité déshumanisante de la salle d'audience et le Paris du Quartier Latin où vivent, s'aiment et se déchirent les jeunes gens. Quant à la magnifique distribution (Louis Seigner, Charles Vanel, Paul Meurisse et Brigitte Bardot dans son meilleur rôle), elle ne peut que ravir les cinéphiles nostalgiques.