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Le démon des femmes
(Robert Aldrich, 1968)

Quelques scories ça et là n'auront pas raison de ce film authentiquement monstrueux sur l'envers du décor hollywoodien. La mise en scène d'Aldrich, toute en agressivité et en grotesque, dépeint cet univers de prédation et de perversion avec une acuité et une violence qui n'appartiennent qu'à lui. En cela, la cruelle conclusion avec la pub de la nourriture pour chien achève toute illusion sur la nature humaine passée à la moulinette de l'industrie. Astucieusement, dix ans après Vertigo, le cinéaste réemploie la figure du double en donnant à Kim Novak un autre rôle inoubliable.


Alerte à Singapour (Robert Aldrich, 1954)

Film pensé pour suivre la mode des feuilletons américains d’alors qui se déroulaient beaucoup en extrême-orient. C’est pas mal, doté d’un joli noir et blanc, mais l’intrigue est archétypale. En revanche quel plaisir de voir le génial Dan Duryea porter enfin un film sur ses épaules. World for Ransom lui doit beaucoup et son rôle d'anti-héros, bien écrit, lui va comme un gant. Le dernier quart d’heure est vraiment bon.

Faut-il tuer Sister George ? (Robert Aldrich, 1968)

A nouveau un portrait de femme inoubliable. L'outrance et la grandiloquence propres aux films que réalisa Aldrich dans la décennie se retrouvent ici parfaitement incarnées dans le personnage principal (excellente Beryl Reid). Traitement sans pathos ni caricature de l'homosexualité féminine et charge virulente du cinéaste contre l'industrie télévisuelle et donc Hollywood. Le spectateur fini lessivé après une fin exceptionnelle. Une réussite majeure.

L'ultimatum des trois mercenaires (Robert Aldrich, 1977)

Film rare et pourtant essentiel dans la filmographie d'Aldrich, il s'agit d'une œuvre puissamment dénonciatrice portée par un casting cinq étoiles. Film d'anticipation évoquant les mensonges éhontés de l'administration américaine durant le conflit vietnamien, Twilight's Last Gleaming se pose également comme un exercice de style ambitieux. Les multiples split screens semblent vouloir participer à la tension grandissante tout au long du film. Un usage plus parcimonieux aurait cependant valorisé les passages réellement tendus. Par ailleurs, la solennité de certains passages dramatiques (la scène finale pour ne citer qu'elle) porte un peu préjudice au propos. Le film reste malgré tout passionnant.

Fureur apache (Robert Aldrich, 1972)

Aldrich livre une œuvre qui va au-delà du simple western et qui analyse avec gravité et désenchantement l'âme humaine. Sans atteindre l'épure d'un Boetticher, Ulzana's Raid est filmé avec une économie d'effets et une telle sobriété que le propos n'en est que plus percutant, plus cruel, aux antipodes d'un cinéma qui se donne bonne conscience en pointant du doigt victimes et bourreaux de manière systématique. Ce manichéisme irritant, Aldrich le balaie d'un revers de la main et démontre avec conviction que la violence et la haine n'appartiennent pas à un camp en particulier. Et que dire de la prestation de Burt Lancaster ? Il est évidemment admirable dans le rôle de McIntosh, éclaireur qui semble tout au long du film marcher vers la mort avec résignation. Chef-d'œuvre.

Big Leaguer (Robert Aldrich, 1953)

On ne peut pas dire que cette modeste première oeuvre soit restée dans les annales. A moins d'être fanatique de baseball et/ou admirateur du grand Edward G. Robinson, on reste froid face à une réalisation anonyme et des personnages parfaitement stéréotypés. C'est peu dire que Big Leaguer est parfaitement sans intérêt.

Deux filles au tapis (Robert Aldrich, 1981)

...All the Marbles est un film magnifique à plus d'un titre, une œuvre (la dernière) qui tranche dans la carrière d'Aldrich. Dans une Amérique délaissée par les grattes-papier de Washington et le glamour hollywoodien, peuplée de désespérés, de paumés, de personnes maltraitées par la vie, le cinéaste parvient à faire émerger un romantisme singulier porté par les extraordinaires prestations de Peter Falk et de ses deux catcheuses. Jamais de pathos, point de mièvrerie. Les personnages sont écorchés, à fleur de peau, mais s'aiment profondément. Et il en va de même pour le spectateur, touché fatalement par les destins de ces trois merveilleux personnages, et qui se surprend à suer à grosses gouttes lors du morceau de bravoure final, éreintant tant physiquement que psychologiquement. Un film violent mais doux, furieux mais apaisé. Comme si Big Bob, fatigué, voulait laisser entrevoir sa vraie personnalité, celle d'un homme pétri d'humanisme.