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Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? 
(Luigi Comencini, 1974)

Laura Antonelli (a-t-elle jamais été aussi belle, désirable et convaincante qu'ici ?) ne saurait être le seul argument en faveur de cette comédie italienne d'excellente facture, réalisée par un maître en la matière. Derrière le baroque des décors et de la mise en scène, la sensualité de l'héroïne, l'ironie mordante sur le mariage et D'Annunzio, c'est à une critique frontale de la bourgeoisie à l'aube de la Première Guerre Mondiale que les auteurs s'adonnent. Le tout soutenu par une ambition narrative de premier ordre. La définition même d'un classique.


De nouveaux hommes sont nés
(Luigi Comencini, 1948)

Un premier film qui contient déjà tout ce que son auteur développera par la suite sur l'enfance et le peuple italien. Empruntant son imagerie au néo-réalisme, Proibito rubare se garde néanmoins de lourdes démonstrations larmoyantes et, hormis une conclusion forcée, offre une dignité à tous les protagonistes. Sur la forme, c'est certes encore un peu hésitant mais il y a de belles séquences (la course-poursuite dans le Naples populaire).


Ma femme
(Tinto Brass, Luigi Comencini & Mauro Bolognini, 1964)

Film à sketchs sur les déboires du couple, c'est évidemment d'une délicieuse cruauté et, globalement, de bonne facture. On retiendra principalement l'unique contribution de Comencini, le plus long segment du film, cynique à souhait, dans lequel Sordi, médiocre architecte cherchant à obtenir les faveurs du maire pour un projet immobilier, se sert d'une prostituée (formidable Mangano) pour arriver à ses fins. C'est brillant bien que ce soit le seul sketch à ne pas être écrit par Sonego. Brass et Bolognini amènent chacun une dose d'absurde et de pathétique. Equilibré, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce genre d'exercice.


La fiancée de l'évêque
(Nanni Loy, Luigi Magni & Luigi Comencini, 1976)

Film à sketchs pour le moins inégal. Paolo Villaggio par sa bonhomie donne un semblant d'intérêt au premier segment, excessivement vulgaire et poussif. Nanni Loy signe comme "anonimo", on comprend pourquoi. Le second, nettement plus estimable, raille avec malice la famille, le désir et les conflits entre générations ("soyons modernes" assène avec ironie Manfredi). Sordi, Comencini et Sonego obligent, le dernier sketch est le plus marquant: un prêtre coincé dans un ascenseur avec une jeune femme libérée... grinçant et jubilatoire ! Et Stefania Sandrelli en maillot, c'est quelque chose.


Eugenio
(Luigi Comencini, 1980)

Encore un film sur l'enfance et encore un bijou de sensibilité. Face à la modernité, à l'incapacité de parents immatures et irresponsables à mener de front vies professionnelle, amoureuse et familiale, le portrait dressé du jeune gamin bouleverse par son acuité. Luigi Comencini n'accable personne, dédramatise les situations les plus désespérantes avec son élégance habituelle. La narration en flash-backs est intéressante et permet d'éviter au cinéaste un sentiment d'accumulation. À noter, la présence de Bernard Blier, très juste dans le rôle du grand-père incapable de comprendre l'évolution des mœurs occidentales. Et la dernière scène délicieusement mordante de conclure cette très belle réussite.


Qui a tué le chat ? (Luigi Comencini, 1977)

Comédie parfaitement délirante, Qui a tué le chat ? déstabilise de prime abord. Les enjeux ne sont pas forcément clairs et l'outrance des comédiens ne facilite pas la lisibilité. Mais passé le premier quart d'heure, quand les personnages deviennent plus caractérisés et que le spectateur parvient à appréhender ce beau bordel, l'expérience est vraiment stimulante. Le résultat: les maux de l'Italie contemporaine intelligemment mis en scène et portés par l'entêtante bande originale de Morricone. Et les acteurs sont excellents: comment résister à l'abattage de Tognazzi, au sex-appeal de Mariangela Melato (eh oui !) et aux yeux bleu-lagon de la sublime Dalila Di Lazzaro ?

Les Russes ne boiront pas de coca-cola (Luigi Comencini, 1968)

Un petit Comencini qui tient plus de la farce d'espionnage que de la véritable comédie italienne. Ce film de commande se déroule sur un faux rythme assez soporifique et sans grand intérêt. L'abattage de Nino Manfredi est en revanche délectable et Gastone Moschin (avec une coupe de cheveux improbable) domine une distribution de seconds rôle plutôt fade. Pas raté mais foncièrement décevant et impersonnel.

Le commissaire (Luigi Comencini, 1962)

Remarquable comédie italienne sur fond d'intrigue policière. Le scénario du mythique duo Age/Scarpelli est un véritable travail d'orfèvre où la drôlerie des situations côtoie une satire brûlante sur les dérives du pouvoir et ses compromissions. Et qui d'autre que l'immense Alberto Sordi pour incarner un flic ambitieux mais limité ? Un petit chef-d'oeuvre.

Un enfant de Calabre (Luigi Comencini, 1987)

Peut-être le dernier grand film du non moins grand Comencini. Les heures glorieuses du cinéma italien sont bien loin en cette fin des années quatre-vingt et pourtant, revenant à la thématique centrale de son œuvre, le cinéaste livre un film simple, presque secret, pétri d'intelligence. Chaque plan, chaque personnage respire l'honnêteté et l'authenticité. Gian Maria Volontè est d'une sobriété exemplaire, loin de la truculence des personnages qu'il a génialement incarnés chez Petri, et sa prestation est ici d'autant plus émouvante que l'on sent l'acteur fatigué. En 87, le cinéma transalpin n'était pas encore mort, pas tout à fait.