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Navajeros
(Eloy de la Iglesia, 1980)

Le film qui fera du cinéaste le spécialiste du genre quinqui. L'âpreté du récit et la puissance émotionnelle de certaines séquences (notamment ce face-à-face entre le héros et sa mère qu'il découvre officiant dans un bordel) confèrent à Navajeros (« les rasoirs » en espagnol) un caractère éminemment sordide, en prise directe avec la violence des bas-fonds madrilènes. On regrette en revanche l'aspect sociologisant des quelques mots d'introduction sur la délinquance, prolongés ensuite par le personnage du journaliste. 


Colegas
(Eloy de la Iglesia, 1982)

Film exemplairement quinqi, Colegas nous plonge dans la sinistre existence d'une jeunesse madrilène de laissés pour compte, coincés entre drogue, chômage, avortement clandestin et délinquance, tournant le dos à la génération précédente. La dureté du scénario et des images, qui ne nous épargnent rien ou presque en matière de sordide, expriment le regard désenchanté du cinéaste sur la société espagnole qui panse encore les plaies du franquisme. Eprouvant mais un jalon important dans la filmographie d'Eloy de la Iglesia.


Jeu d'amour interdit
(Eloy de la Iglesia, 1975)

L'homme face au totalitarisme, la servitude volontaire, le sadisme, la perversité, le dolorisme... on ne sait si l'objectif était d'interroger ou de déranger mais, en l'état, le cinéaste ne convainc sur aucun des tableaux. La faute à la lourde caricature du scénario et des personnages dont l'évolution frise le ridicule. Ridicule également l'utilisation ostentatoire de Wagner et de l'imagerie shakespearienne. Assommant en définitive.


Le député
(Eloy de la Iglesia, 1978)

Voilà probablement le film le plus réussi du cinéaste espagnol. El diputado est bouleversant de vérité et se distingue par l'équilibre toujours tenu entre document passionnant sur le bouillonnement social de l'époque et les thématiques chères à son auteur: rapports de domination, sexualité marginale, délinquance juvénile... Jamais dans la caricature, à l'image du personnage principal (magnifique José Sacristan) incapable de résister à ses désirs au risque de perdre toute respectabilité, c'est une œuvre de son temps: où quand la liberté se heurte à la morale bourgeoise.


Personne n'a entendu crier
(Eloy de la Iglesia, 1973)

Avec ses accents de giallo, ce film malin et macabre dépeint en arrière-plan et dans toute leur perversion les derniers temps du franquisme. L'attirance succède à la répulsion après bien des péripéties (épatante séquence du transport du corps jusqu'au dilemme sur le lac), le tout avec une bonne dose de sensualité (superbe Carmen Sevilla) et une conclusion suffisamment marquante pour séduire. C'est dans l'ensemble plutôt bien tenu même si la partie introductive à Londres et le personnage de Toni n'apportent pas grand chose.