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Cher papa (Dino Risi, 1979)

Au-delà de l'argument (un père capitaliste et un fils engagé dans la lutte), le film développe un propos élégant et pudique sur les rapports filiaux et le climat politique italien de l'époque. Gassman et sa faconde sont les ingrédients principaux de ce film aussi intelligent que déstabilisant. Quelques scènes sont épatantes notamment celle du braquage de banque, d'un fatalisme et d'une drôlerie que seuls les Italiens savaient manier à l'époque. Un Risi méconnu qui se classe pourtant parmi les meilleurs de la décennie. 


Valse d'amour (Dino Risi, 1990)

Le sujet (l'histoire d'amour entre un homme à la fin de sa vie et une fillette) est éminemment casse-gueule mais la finesse des auteurs, la bienveillance avec laquelle ils dépeignent les relations entre les deux personnages principaux (un peu à l'image d'un Bourguignon dans Les dimanches de Ville-d'Avray) justifient l'enthousiasme avec lequel on ressort du film. Quelques séquences ne servent à rien et sont incorporées au récit de manière maladroite mais cela n'enlève rien à l'humanité et à l'exemplarité de la mise en scène. La folie d'Augusto Scribani contrebalance la maturité de la jeune fille et invite le spectateur à s'interroger sur une société moderne dans sa quotidienne absurdité. Pour son ultime collaboration avec Risi, Gassman est extraordinaire. Tout comme la scène finale.

Beaux mais pauvres (Dino Risi, 1957)

Le volet intermédiaire de la trilogie écrite par Festa Campanile et Risi est sans doute le moins réussi. On y  retrouve la pertinence sociale des aventures de Romolo et Salvatore mais elle est atténuée par une redondance des situations par rapport au premier épisode. Restent la sympathie éprouvée pour les personnages, la beauté des actrices (surtout la trop rare Marisa Allasio) et quelques situations comiques bien senties.

Ames perdues (Dino Risi, 1977)

Un film très curieux et assez unique dans la carrière de Dino Risi. Ce n'est pas à proprement parler une réussite mais la manière dont le cinéaste filme une Venise inquiétante et sans beauté est surprenante (très belle photographie de Delli Colli). La relation entre Gassman (génial) et Deneuve a le mérite d'être plus profondément traitée que l'inutile rapport (narrativement parlant) du jeune homme et du modèle. La révélation finale se voit venir à des kilomètres mais il est plus intéressant de constater l'évidence: le pessimisme de Risi se prête davantage à la comédie qu'au thriller. 

Les complexés
(Dino Risi, Franco Rossi & Luigi Filippo D'Amico, 1965)

Sentiment mitigé devant ce film à sketches inégal. On aurait pu penser que Risi aurait tiré le meilleur parti du sujet parmi les trois cinéastes malheureusement, si la conclusion de son segment est cruellement savoureuse, son déroulement est trop prévisible. Le deuxième segment avec Tognazzi est le plus faible parce que répétitif et ennuyeux. C'est finalement -comme souvent- Alberto Sordi qui impose son sketch comme le meilleur du film: un présentateur de génie gêné par une dentition improbable que les pontes de la TV se refusent à imposer au public. L’abattage de l'acteur est succulent. 

L'homme aux cent visages (Dino Risi, 1960)

Cette histoire de petit escroc doué pour modifier son apparence à chaque fois qu'une affaire se présente est évidemment prétexte à railler une société italienne en pleine mutation. Chaque larcin compose en réalité un sketch dans lequel les auteurs (Ettore Scola, Ruggero Maccari, Age et Scarpelli) s'en donnent à cœur joie: milieu des affaires, politique, armée, Église, famille... tout y passe emballé dans un grand éclat de rire. Vittorio Gassman, dont ce fut la première collaboration avec Risi, est prodigieux.

Le signe de Venus (Dino Risi, 1955)

Risi met un pied dans la comédie tout en conservant un aspect réaliste. Avec le concours de l'actrice Franca Valeri (créditée aussi comme scénariste), le cinéaste dessine une société dont la mutation, sociétale notamment, se fait jour peu à peu. Aux accents comiques qui saupoudrent ça et là le récit (merci Alberto Sordi, déjà excellent pour sa première collaboration avec Risi), succède une conclusion désabusée qui sera régulièrement à l'oeuvre dans les grands films à venir du maître. Quant aux personnages qu'incarnent Sordi, De Sica et Raf Vallone, ils triompheront bientôt dans la comédie italienne quelques années plus tard. En cela, Le signe de Venus peut être considérer comme un film précurseur. Un bon film de surcroît.

L'inassouvie (Dino Risi, 1960)

Un bien beau film qui démontre s'il en était besoin le talent de Dino Risi pour saisir les espaces, les personnages et leurs sentiments. L'élégance d'Un amour à Rome (l'autre titre du film, directement hérité du titre original) est partout prégnante, particulièrement dans l'évolution du personnage interprété avec talent par Peter Baldwin (et ses faux airs de Montgomery Clift). Mylène Demongeot réveillerait le plus désabusés des hommes. C'est ici le cas, toujours avec la plus grande justesse.

Pauvres millionnaires (Dino Risi, 1959)

Charmante et légère comédie qui vient clore la première partie de carrière de Risi. Troisième et dernier film de la série des pauvres et beaux romains interprétés par Maurizio Arena et Renato Salvatori, Pauvres millionnaires raille gentiment la question du couple et de la réussite sociale. Les gags du train au début du film évoquent le cinéma burlesque américain des années 20 et 30 (on sait Risi amoureux de Chaplin) et les derniers instants sur la Piazza Navona de Rome sont à l'image des meilleures comédies transalpines: comment tourner en dérision une situation sinon tragique, au moins problématique, et finir sur un éclat de rire. L'élégance à l'italienne...

L'homme à la Ferrari (Dino Risi, 1967)

La légèreté du propos, associée au talent de Vittorio Gassman, garantit au spectateur de passer un moment agréable. Cependant, cette comédie n'a pas l'ampleur des grandes réussites de Dino Risi. Trop de facilités (les visions ou souvenirs de Gassman en noir et blanc n'apportent pas grand chose), des effets burlesques gênants (les chats qui parlent ! sans doute le truc le plus con de toute l'oeuvre du cinéaste...), la quasi-absence d'ancrage social et une mise en scène moins appliquée qu'à l’accoutumée ne lui permettent pas de dépasser le statut de sympathique anecdote.

Le fou de guerre (Dino Risi, 1985)

L'ancien étudiant en psychiatrie Risi s'est sans doute projeté avec délice dans le personnage incarné par Beppe Grillo, médecin militaire envoyé sur le front libyen sous l'ère fasciste, disséquant les turpitudes d'un officier névrosé. Bien moins réussi qu'un MASH sur le plan de la mise en scène et contenant des faiblesses d'écriture incontestables, Le fou de guerre demeure néanmoins un film aussi glaçant que sympathique, une farce outrancière aux accents scatologiques qui met en valeur le talent tragi-comique de Coluche dont ce fut le dernier rôle.

Les nouveaux monstres
(Mario Monicelli, Dino Risi & Ettore Scola, 1977)

Plus méchants et cruels que leurs aînés, ces Nouveaux monstres témoignent d’une réalité italienne (et occidentale) aussi pathétique que sordide. Les trois réalisateurs s’en tirent chacun avec un sketch génial, le reste étant plus inégal : Sordi en bourgeois lubrique transportant un blessé d’hôpital en hôpital pour Monicelli, un couple prêt à tout pour entrer dans le monde du cinéma pour Risi (peut-être le sketch le plus violent) et Sordi, encore lui, abandonnant sa vieille mère dans un hospice pour Scola. Acerbe et corrosif à souhait, ce film est réjouissant.

La chambre de l'évêque (Dino Risi, 1977)

Un film éminemment curieux, parfois bancal mais souvent fascinant, qui vogue, à la manière du personnage incarné par Tognazzi, entre farce lubrique et drame intime. Traversé par de grands moments de mise en scène, il peine toutefois à trouver son rythme, la faute à une écriture un peu nébuleuse. Le spectateur ne manquera par ailleurs pas de noter combien le Lac Majeur et Ornella Muti sont d'une incroyable beauté.

Rapt à l'italienne (Dino Risi, 1973)

En prise directe avec une réalité pour le moins tendue, ce film rare mérite tous les éloges. En ce qui concerne la mise en scène tout d'abord, puisque Risi est fidèle à son exigence d'élégance, ne filmant jamais contre ses personnages, quelles que soient leurs raisons; du point de vue narratif ensuite tant le récit s'imprègne au fur et à mesure d'une nuance tragique bienvenue; quant à l'interprétation enfin, l'opposition inattendue entre Mastroianni, l'industriel veule, et Oliver Reed, l'anarchiste intransigeant, se révélant succulente. Comédie noire typique de la veine pessimiste du grand Dino Risi, Mordi e fuggi contient peut-être la séquence finale la plus puissante de toute l'œuvre du cinéaste.