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Demain beau temps au Japon
(Hiroshi Shimizu, 1948)

Une douzaine d'années après le lumineux Monsieur Merci, Shimizu en reprend la trame narrative (un trajet un bus prétexte à plusieurs saynètes) pour réaliser un nouveau chef-d'œuvre d'humanité et d'émotion. Ici, la défaite du Japon incite le cinéaste et ses personnages à davantage de mélancolie et de fatalité. Des scènes aussi subtiles que bouleversantes rythment le récit (qu'on songe par exemple à l'opposition entre un mutilé de guerre et un officier ou au dialogue entre un aveugle et un sourd et muet). Transcendée par une mise en scène précise et toujours valorisante pour les protagonistes, la chronique touche par sa simplicité et confirme Shimizu au sein du premier cercle des cinéastes nippons, et donc mondiaux.


Notes d'une chanteuse ambulante
(Hiroshi Shimizu, 1941)

La sobriété (voire le dépouillement) du récit peut rebuter un spectateur non habitué à Shimizu. Plus secret que ses films les plus célébrés, il faut lui reconnaitre un rythme soporifique qui n'aide pas à s'impliquer dans l'histoire d'Uta, cette femme effacée dont on est censé malgré tout nous montrer le courage. Fort heureusement, la mise en scène traduit derrière la caméra la présence d'un vrai cinéaste soucieux de la dignité de ses personnages.


Le profil de la ville
(Hiroshi Shimizu, 1953)

Chronique douce-amère très réussie, dans la lignée des plus beaux films de son auteur. D'un canevas assez classique (une enfant perdue aidée par un passant), le cinéaste donne un aperçu très intéressant du Tokyo d'après-guerre. Grâce à une mise en scène élaborée, à grands renforts de travellings et de longues prises de vues, il nous donne à voir une ville (un quartier en l'occurrence) où fourmillent des dizaines de milliers d'âmes aveuglées par les feux de la consommation et du divertissement. C'est une critique sans jugement, avec la finesse et l'élégance qui caractérisent Shimizu.


Une femme et ses masseurs
(Hiroshi Shimizu, 1938)

Deux ans après le chef-d'oeuvre absolu qu'est Monsieur Merci, Shimizu capte une nouvelle fois des instants de vie avec un naturel désarmant et un sens éclatant du rythme. L'ouverture avec les deux masseurs aveugles qui prennent le chemin d'un spa situé en montagne témoigne d'une admirable composition des plans et d'une légèreté qui ne se départit jamais de mélancolie. Cette atmosphère nimbe l'ensemble de ce court film (moins de 70 minutes) et confirme le statut du cinéaste nippon le plus important d'avant-guerre.


Nobuko
(Hiroshi Shimizu, 1940)

Ce Shimizu déçoit pour deux raisons principales : la mise en scène est étonnamment plate, de telle sorte que l'empathie habituelle que le spectateur peut ressentir pour un de ses personnages peine à se réaliser (la jeune professeur et son élève rebelle émeuvent peu) et le scénario est excessivement scolaire et convenu. Ici, la magie des grandes réussites du cinéaste est totalement absente.


Monsieur Merci
(Hiroshi Shimizu, 1936)

Tout simplement prodigieux ! Le vernis réaliste (quotidienneté, décors naturels, prises directes) est pour Shimizu le prétexte à inonder l'écran d'humanité. Si le propre des grands cinéastes est de faire de la simplicité la grâce et inversement, alors nul doute que le réalisateur nippon s'inscrit parfaitement dans cette veine. Tout est subtilité, amour et bienveillance pour les personnages (même les plus bougons, comme le fonctionnaire moustachu), dignité dans chaque instant, chaque situation. L'argument (un taxi reliant la province reculée à la capitale) permet de croiser autant de protagonistes que d'enjeux dramatiques et humains, même pour une poignée de secondes. En somme, si la noblesse au cinéma avait un nom, durant 76 minutes elle s'appellerait Shimizu. Grand.

Le peigne (Hiroshi Shimizu, 1941)

D'une intrigue pour le moins simpliste, Shimizu construit un film dans lequel brillent à la fois la mise en scène et les relations humaines. Le quasi huis-clos (la station thermale et son environnement immédiat) renforce le sentiment d'appartenance à cette petite communauté qui évolue au fil des départs et des arrivées, indépendamment des caractères, des âges et des sexes des protagonistes. C'est aussi l'occasion, en à peine quelques plans, d'affirmer la naissance du sentiment amoureux, de magnifier la beauté des paysages et de donner une épaisseur aux personnages. Un bijou pour cinéphiles.


Les enfants de la ruche
(Hiroshi Shimizu, 1948)

Ici, le réalisme ne rime jamais avec misérabilisme, Hiroshi Shimizu privilégiant la sensibilité sans sacrifier son discours à la tentation du film à thèse. Les formidables jeunes interprètes sont les principaux acteurs de cette réussite, le cinéaste tirant un parti maximal de l'étonnant naturel de ces gamins. On a tour à tour le cœur serré puis le sourire au lèvre, sans que jamais le récit ne soit caricatural ou hors de propos. Quelques moments appartiennent aux plus riches heures du cinéma nippon ; on repense notamment à cette ascension des deux gamins dans la montage, monument de mise en scène et d'émotion. Un grand film social et humain.