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Il gèle en enfer
(Jean-Pierre Mocky, 1990)

Toujours les mêmes défauts dans les films tardifs du cinéaste: la laideur de la photographie, la nonchalance de la mise en scène, la vulgarité des dialogues, la nullité des acteurs... mais parfois, la puissance du discours et l'honnêteté incontestable de Mocky parviennent à rétablir un semblant d'équilibre. A la toute fin, seules quelques secondes d'une réelle portée dramatique et émotionnelle s'insèrent dans 85 minutes de totale indigence.


Les compagnons de la marguerite (Jean-Pierre Mocky, 1967)

L'idée de départ est excellente et les trouvailles scénaristiques délicieuses. Mocky réalise avec Les compagnons de la marguerite son film le plus réussi, le plus abouti et le plus drôle. Rythmé, excellemment interprété par des comédiens géniaux (Claude Rich, Francis Blanche, Michel Serrault et une tripotée de seconds rôles hauts en couleurs), il écorne gentiment le couple et les travers de l'administration. Ajouté à cela le charme de la jeune actrice italienne Paola Pitagora et nous obtenons assurément l'une des meilleures comédies françaises des années 60.

La grande frousse (Jean-Pierre Mocky, 1964)

Comédie fantastique particulièrement farfelue portée par un Bourvil hilarant et une galerie de seconds rôles plus folkloriques les uns que les autres. C'est très réussi, dynamique, totalement bordélique et joyeusement corrosif (la bourgeoisie de province est gentiment tournée en dérision). Bref, du Mocky dans sa meilleure période ; quand celui-ci ne confondait pas encore anarchisme du propos et anarchisme de la mise en scène.

Bonsoir (Jean-Pierre Mocky, 1992)

Probablement le film de Mocky le plus convaincant de sa fin de carrière. Il retrouve un peu de la douce loufoquerie de ses meilleures comédies et, comble de bonheur, de la tenue dans la réalisation. Cette histoire de chômeur qui s'invite chaque soir chez l'habitant a des allures de chronique sociale assez pertinente et, pour tout dire, particulièrement touchante. La distribution est parfaite, Michel Serrault et Marie-Christine Barrault en tête.

Robin des mers (Jean-Pierre Mocky, 1997)

Un naufrage. On passera avec bienveillance sur la naïveté politique du propos, on sera en revanche plus sévère face à la nullité de la mise en scène, la photo complètement dégueulasse (une habitude chez Mocky mais là on atteint des sommets) ou bien encore les performances catastrophiques des "acteurs" (avec, en prime, une irrésistible envie de gifler le jeune héros). Du travail pathétique, même pas digne d'un téléfilm pour France 3 région, et 80 minutes interminables.

L'ibis rouge (Jean-Pierre Mocky, 1975)

Un joyeux bordel, désinvolte et surréaliste à souhait. L'articulation du scénario et l'écriture sont foireuses au possible mais le cabotinage des trois grands Michel (Simon, Serrault et Galabru) est délectable. Il y a même une sorte de poésie qui émane de cette succession de scènes improbables, d'approximations stylistiques (pour rester poli) et de grossièretés assumées. Du Mocky pur et dur.

Le pactole (Jean-Pierre Mocky, 1985)

Sur une idée de départ similaire aux Jours comptés, Mocky se montre évidemment prolixe. Seulement, le cinéaste n'est pas Petri et l'ensemble manque singulièrement de tenue. Les personnages secondaires sont toujours aussi caricaturaux (mais amusants) et la photo toujours laide. Chose étonnante, Patrick Sébastien se révèle plutôt bon et le film file sur un rythme bien maitrisé. On n'oubliera pas non plus (les seins de) Pauline Lafont. Plutôt sympa.

Le piège à cons (Jean-Pierre Mocky, 1979)

Dernier volet d'une trilogie entamée avec Solo puis poursuivie avec L'albatros, Le piège à cons conclut le travail de Mocky sur les idéaux (et les désillusions) révolutionnaires et la corruption des politiciens. Ce n'est pas à proprement parlé réussi mais, en dépit d'une vulgarité crasse et d'une mise en scène toujours aussi hasardeuse, le regard porté est assez juste. Et Catherine Leprince est VRAIMENT ravissante.

Un linceul n'a pas de poches (Jean-Pierre Mocky, 1974)

L'un des deux ou trois Mocky les plus convaincants de la décennie, disposant pour ne rien gâcher d'une distribution cinq étoiles. La fougue anarchiste et libertaire du bonhomme est ici à son paroxysme, les notables et leurs combines y étant crûment (mais justement) chargés. A ce titre, la scène la plus réussie est celle de l'entrevue entre Lonsdale, Marielle, Gélin et Constantin: toute l'ignominie et la crapulerie des privilégiés se retrouvant concentrées en quelques minutes. C'est à l'énergie du désespoir que Mocky fait avancer son personnage qui, préférant les coups à la compromission, reste lucide sur le pouvoir. A cet égard, la fin est une des plus sombres de sa filmographie: Dolannes refusant l'héroïsme devient, cruelle ironie, un martyr de la liberté. Réussi.

Chut ! (Jean-Pierre Mocky, 1972)

Un objet assez incompréhensible, d'une laideur remarquable, filmé n'importe comment, franchissant allègrement la limite du grotesque et à la post-synchro totalement foireuse. Reste que la verve anarchiste du réalisateur, bien que grossière et sans nuance, demeure tout à fait délectable. En somme, c'est raté, mais c'est énergique. C'est absurde, mais c'est amusant. C'est ridicule, mais c'est Mocky.

Le roi des bricoleurs (Jean-Pierre Mocky, 1977)

La rigueur n'a jamais été le point fort de Mocky, dont les réussites sont déjà à cette époque très majoritairement derrière lui, mais ce film atteint des sommets de je-m'en-foutisme quasi poétiques. Que Sim ait remplacé un De Funès souffrant tient plus de l'anecdote tant on voit mal comment le génie comique de celui-ci aurait pu éviter la catastrophe. Attachant peut-être mais complètement nul.