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Lost Chapter of Snow: Passion
(Shinji Somai, 1985)

L'incroyable plan-séquence d'ouverture (14 minutes de merveille formelle) ne doit pas masquer la profondeur thématique de ce très beau film de Somai. Une fois encore, le cinéaste s'attaque à l'adolescence, à la difficulté de devenir soi et interroge notre rapport à la filiation. Une fois encore, la direction d'acteurs est à souligner tant la distribution brille par sa justesse. Une fois encore, la sensible pudeur de l'auteur perce dans chaque scène, renforcée par un talent inouï pour la composition du cadre. Une fois encore, c'est une réussite complète.


Typhoon Club
(Shinji Somai, 1985)

Un petit bijou de sensibilité, parfaitement équilibré entre un ton dramatique et quelques séquences burlesques ou lunaires. Somai est un cinéaste à la valeur inestimable, aussi singulier que génial, dont le talent se manifeste partout. Les personnages sont incarnés, jamais caricaturaux, et nous disent tous quelque chose d'un Japon contemporain momifié. L'impossible passage à l'âge adulte, l'enfance perdue pour toujours... Typhoon Club est une radioscopie naturaliste qui épouse les tourments, les doutes, l'insouciance d'adolescents symboliquement bloqués dans leur collège par les hasards de la météo. C'est juste, profond, bannissant la pédanterie. De l'intelligence sur pellicule, de l'émotion pure.


Sailor Suit and Machine Gun
(Shinji Somai, 1981)

L'adolescence de nouveau auscultée par Somai et ce de manière assez originale puisque c'est ici un clan de yakuzas sur le déclin qui fait office de cellule familiale par substitution. Pour ce deuxième film, le cinéaste fait preuve d'un sens particulièrement aigu de la mise en scène (élégants mouvements de caméra toujours justifiés par la narration, beauté vraiment stupéfiante de certains plans). Ruptures de ton et décors saisissants (l'antre du parrain de la drogue, sorte de cauchemar éveillé), mais aussi quelques longueurs et des séquences d'action un peu plan-plan, font que le film, non dénué de fulgurances, parait parfois inégal.


Love Hotel
(Shinji Somai, 1985)

Ce qui aurait pu être un simple roman porno (comme l'industrie japonaise en produisait alors à la pelle) s'avère être une touchante histoire sur la solitude affective. Se détournant ainsi l'argument érotique, il démontre qu'un auteur peut affirmer sa sensibilité à travers un canevas archétypal et sans ambition. Et même si ici la narration n'est pas des plus lisibles, le film peut, par son identité, être sans problème rattaché à l'oeuvre de Somai. Les dernières minutes sont très belles.


The Friends
(Shinji Somai, 1994)

Superbe direction d'acteurs (Somai a un don pour dénicher des gamins formidables) et petit bijou de simplicité. Les dialogues et la spontanéité des situations, l'admirable mise en scène et l'émotion qui affleure de certaines séquences, l'évidente complicité entre les principaux protagonistes et l'universalité du sujet... les qualités qui font de The Friends une incontestable réussite ne manquent pas. D'un ton enjoué et résolument comique, le film verse petit à petit vers le drame intime, celui du vieil homme revenu bouleversé de la guerre et hanté par ses souvenirs. La pudeur et la sensibilité du cinéaste, hélas disparu trop tôt, y sont une nouvelle fois éclatantes.


P. P. Rider
(Shinji Somai, 1983)

Rythmé par une agréable ritournelle, le film porte la marque de l'incontestable aisance technique de Somai. Cependant, le récit aurait tout de même gagné à plus de rigueur narrative. Les séquences se suivent sans véritable liant, manquant d'unité. En ressort un côté burlesque de l'aventure en dépit d'un fond sérieux: le kidnapping d'un adolescent par des yakuzas. L'assurance des cadrages et de la mise en scène font de ce P. P. Rider un objet filmique bien curieux.


Déménagement
(Shinji Somai, 1993)

Une merveille, il faut le dire d'emblée. Lumineux comme le visage de la jeune héroïne, formidable ; tragique comme son désarroi face à la séparation de ses parents. La sensibilité de Somai trouve peut-être là son paroxysme convoquant, n'ayons pas peur des mots, Truffaut et Comencini. Les longs plans-séquences, marque de fabrique du cinéaste, sont autant d'accomplissements techniques à chaque fois justifiés par le récit et les sentiments du personnage principal. La musique, au diapason du film, accompagne superbement les images. On gardera longtemps à l'esprit ces longues minutes finales, aux frontières du fantasme et de la réalité, où l'émotion, déjà prégnante, culmine. Ohikkoshi est un chef-d'oeuvre.