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Carmen de Kawachi
(Seijun Suzuki, 1966)

En adaptant librement le célèbre opéra, Suzuki nous livre ici un portrait de femme particulièrement convaincant. La naïveté de l'héroïne et ses rêves de grandeur, rapidement heurtés à la soif lubrique des hommes, sont décrits avec une grande justesse (le tout sublimé par Yumiko Nogawa, fidèle du cinéaste). Mais là où le film transcende le récit, c'est dans sa mise en scène et sa narration. Tour à tour heurtées, distordues, éclatées, elles portent la signature du maître du cinéma-pop. La photographie est superbe pour ne rien gâcher.


L'homme à la mitraillette
(Seijun Suzuki, 1961)

De magnifiques couleurs, des décors naturels qui changent des polars urbains auxquels Suzuki s'adonne à cette période, de bons acteurs... cette sorte de western nippon aurait pu être une réussite. Seulement, cette réflexion sur la justice est écrite sans grande originalité et, le beau dénouement mis à part, le film déçoit. Suzuki peine ici à transcender son sujet et pâtit d'un scénario répétitif, caricatural. En témoigne les deux personnages féminins : l'une est un modèle de courage et de pureté, l'autre l'archétype de la prostituée sans foi ni loi. En un mot : laborieux.


Le vent de la jeunesse franchit le col
(Seijun Suzuki, 1961)

Au milieu de quantité de polars nerveux et souvent remarquables, le cinéaste réalise ce film surprenant qui suit les aventures d'une troupe de magiciens croisant la route d'un étudiant qui va se révéler être une sorte de bénédiction. Il y a d'un côté la précarité de ce petit monde, la présence de yakuzas et de producteurs peu scrupuleux et, de l'autre, l'optimisme solaire du jeune homme, le tout écrit avec finesse et élégance. Si la beauté des couleurs est à souligner, la progression narrative s'avère quant à elle très artificielle et peine à convaincre totalement.


Visez cette voiture de police
(Seijun Suzuki, 1960)

Premier des cinq films de Suzuki sortis en 60, ce polar nerveux est caractéristique des productions Nikkatsu d'alors. Puisant son inspiration dans le film noir américain de série B, le cinéaste prétexte une énième histoire d'assassinats et décrit une réalité contemporaine sinistre. La multiplication des pistes alourdit le récit (reconnaissons tout de même que raconter autant de choses en si peu de temps tient du tour de force) mais la flamboyance du style emporte l'adhésion.


On devient tous fous
(Seijun Suzuki, 1960)

Portrait furieux d'une jeunesse nippone qui perd les pédales. A la fois héritière et orpheline, elle est bloquée dans un pays qui n'a pas pansé les plaies de la défaite en 45 ni jamais véritablement accepté le joug américain. Suzuki filme à l'épaule, déplore l'impossible compréhension entre deux générations, attaque de front la presse à sensation, la frivolité et la violence du monde contemporain. La réalisation nerveuse, rythmée par une bande originale jazzy tout à fait adaptée, s'inspire explicitement de la Nouvelle Vague. On en sort rincé mais enthousiasmé.


La marque du tueur
(Seijun Suzuki, 1967)

On comprend mieux que la Nikkatsu, en voyant ce film amoral et totalement anarchique, le prit comme prétexte pour virer Suzuki. La violence sourde, le caractère détestable du héros, le montage erratique, la crudité de certaines séquences sont autant d'arguments qui expliquent l'agacement des producteurs. Mais, une fois encore, le cinéaste réalise un petit bijou de cinéma, d'une folle inventivité. Un problème majeur cependant: une écriture complètement désinvolte qui condamne La marque du tueur à n'être, finalement, qu'un (très bon) film de série.


Elégie de la violence
(Seijun Suzuki, 1966)

Une critique frontale du passé belliciste japonais à travers l'histoire de Kiroku, typique produit adolescent de la propagande impériale. Le film est un véritable accomplissement formel (la photo est magnifique et une grande majorité des plans composée avec génie — qu'on songe notamment à ces dernières minutes sous la neige pour s'en convaincre) et, hormis quelques accents burlesques qui atténuent à la marge la violence du brûlot, d'une grande acuité politique. Seijun Suzuki est un cinéaste précieux, un artisan résolument marginal. A voir !


Les fleurs et les vagues
(Seijun Suzuki, 1964)

Quelques séquences d'une beauté saisissante, un travail de reconstitution du Japon du années 30 épatant, une mise en scène alternant les morceaux de bravoure et des moments plus intimistes: le film de Suzuki est une oeuvre maîtrisée. On regrette malgré tout une écriture qui peine à insuffler une émotion suffisante et une distribution plutôt moyenne. La flamboyance habituelle du cinéaste s'en trouve ici bien plus contenue.


La voix sans ombre
(Seijun Suzuki, 1958)

Remarquable film policier aux qualités plastiques évidentes (élégance des cadres, superbe noir et blanc), La voix sans ombre est aussi un émouvant portrait de femme (excellente et très jolie Yoko Minamida) au sein d'une société japonaise conservatrice. Suzuki fait une nouvelle fois la preuve de ses talents de metteur en scène et de conteur, développant un récit ambitieux et particulièrement prenant.


Clandestine Zero Line
(Seijun Suzuki, 1960)

Un Suzuki première période qui dresse un portrait bien sombre du Japon contemporain et d'une certaine tendance sensationnaliste du journalisme. Le film s'inspire clairement de la liberté (dit-on) née de la Nouvelle Vague. Une liberté de ton et de mise en scène (fort heureusement pas désinvolte) qui dévoile immédiatement la patte du cinéaste. Nerveux, violent et, terme éculé s'il en est, sans concession, Clandestine... est un polar de bonne facture.


Histoire d'une prostituée
(Seijun Suzuki, 1965)

Un récit intimiste et remarquablement mis en scène sur l'absurdité de la guerre et de la chefferie. Ce qui peut se voir comme un manifeste est avant tout un très beau portrait de femme dont le courage et l'abnégation sont infiniment supérieurs à ceux des hommes. Le film, s'il n'est pas expérimental, laisse tout de même la place à des mouvements de caméra ambitieux et des plans surprenants. En somme, Histoire d'une prostituée est un grand film de Suzuki, aussi déchirant que maîtrisé.