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L'ange rouge
(Yasuzo Masumura, 1966)

Superbe mélodrame où la guerre et la condition féminine sont abordées avec autant de cruauté que d'acuité. Cette déchirante histoire d'amour s'intensifie à mesure que le couple, qui côtoie la mort, s'approche du front (l'impuissance du médecin faisant écho à l'inutilité du conflit, le désir de l'infirmière étant l'image même de la vie). Contrairement à Passion, Tatouage ou, plus tard, La bête aveugle, point de dolorisme ici malgré les amputations, l'épidémie de choléra ou le viol dont est victime l'héroïne au début du film. La beauté de la photographie et des cadrages répondent à celle d'Ayako Wakao, magnifique comme à son habitude.


Les géants et les jouets
(Yasuzu Masumura, 1958)

La première véritable réussite du cinéaste. Brûlot contre l'arrivisme, Les géants et les jouets est un film maîtrisé de bout en bout. Dès le générique, dynamitant les codes d'un cinéma nippon habituellement plus sage, le ton est donné: la satire sur l'argent, la réussite sociale et la bêtise publicitaire a des airs de comédie américaine dont les codes sont repris pour être mieux détournés. Tout cela à l'aide de personnages archétypaux mais finement écrits (la pimbêche qui se retourne finalement contre ses employeurs, le beau-père malade, le gendre ambitieux, le jeune ingénu...). La fin, pleine d'ironie amère, en dit long sur le pessimisme des auteurs.


La méduse paralysée
(Yasuzo Masumura, 1970)

Encore une fois, le cinéaste évoque la femme et son exploitation par un système masculin d'oppression. Comme dans Le mari était là, l'héroïne est soumise à la volonté et à l'ambition de son homme, forcée à coucher pour assurer sa promotion au sein d'une grande entreprise avant qu'un yakuza en quête de rédemption s'invite dans sa vie... Mais ici, le film, s'il est moins aimable et abouti formellement, s'attache à un personnage supplémentaire en donnant une part prépondérante au père alcoolique. Un jalon logique au sein de l'imposante filmographie de Masamura.


Le mari était là
(Yasuzo Masumura, 1964)

Dans cet habile et très convaincant récit, Masumura filme un mélodrame puissant et formellement somptueux (couleurs et cinémascope superbes) sur le couple, l'opportunisme, la soumission des femmes à l'ambition des hommes. Si la trame affairiste n'est finalement qu'un prétexte, elle assure l'équilibre dramatique nécessaire au développement des personnages. La femme bafouée devient petit à petit maîtresse de son propre destin, par amour, par fierté, par affirmation face à l'ordre patriarcal d'un Japon certes modernisé mais toujours conservateur. Les deux acteurs principaux (Ayako Wakao et Jiro Tamiya) sont magnifiques.


Tatouage
(Yasuzo Masumura, 1966)

La conjonction de cinq talents : Tanizaki comme auteur du matériau littéraire d'origine, Kaneto Shindo à l'adaptation, Masumura derrière la caméra, Miyagawa à la photographie et enfin la superbe et vénéneuse Ayako Wakao dans le rôle principal. Visuellement, Tatouage est une splendeur. La sophistication des cadrages, la beauté de la photographie et des couleurs flamboyantes font du film un accomplissement artistique total. C'est aussi un portrait de femme saisissant, traversé par une fascination morbide pour le corps et la laideur morale des hommes. Certaines scènes hélas sont d'une affectation gênante, déjà entrevue dans Passion et tutoyant le ridicule dans La bête aveugle quelques années plus tard.


Ode au yakuza
(Yasuzo Masumura, 1970)

Les rêves d'émancipation d'une jeune femme se heurtent à la jalousie maladive de son frère yakuza. Un opus moyen de Masumura, où les excès de violence succèdent à une tendresse pataude et à des relations pour le moins malsaines (le personnage de la maîtresse agissant comme un révélateur). La mise en scène élaborée avec ses cadrages serrés souligne l'enfermement des protagonistes de manière un peu trop démonstrative et la vision des rapports humains est finalement assez nihiliste. La prise de conscience finale du héros en forme de suicide sacrificiel clôt de manière convaincante un film inégal.


Passion
(Yasuzo Masumura, 1964)

Masumura adapte Tanizaki avec un scénario de Kaneto Shindo. De cette association, on attend beaucoup d'autant que le sujet, dans un Japon toujours conservateur, est délicat à aborder. Le film est ardu, mal aimable, doloriste jusqu'à l'écœurement, à grands renforts de violons et de larmes (à l'exception de la toujours parfaite et très belle Ayako Wakao, les acteurs sont insupportables). Si la maîtrise du cinéaste est incontestable et s'il faut souligner le courage à mettre en scène une telle histoire de perversité et de manipulation, Passion n'en demeure pas moins assommant.


Démangeaisons
(Yasuzo Masumura, 1962)

La maîtrise du cinéaste est totale. Il est fascinant de voir comment un drame de la jalousie stéréotypé (deux, puis trois femmes se disputent un homme) prend des accents de polar devant la caméra de Masumura. Dureté des cadres et de la photographie, ambiance suffocante, réalisation nerveuse, tension permanente... les ingrédients hérités du film noir se retrouvent condensés dans ce film excellemment mis en scène. Jiro Tamiya est l'acteur idoine pour le rôle principal.


La bête aveugle
(Yasuzo Masumura, 1969)

Masumura adapte Ranpo. Huis-clos formellement et visuellement très intéressant (qu'on songe à la découverte de la cellule pour s'en convaincre), La bête aveugle se concentre sur plusieurs déviances, qu'elles soient artistiques, physiques ou bien encore affectives. Malheureusement, le film pêche par trop de théâtralité dans le jeu des acteurs (Eiji Funakoshi, terriblement affecté) et une froideur assez repoussante. D'autant que le dernier quart d'heure est d'un dolorisme franchement pénible. L'un des films les plus célébrés du cinéaste est une œuvre qui agace plus qu'elle ne choque ou ne remue.


La jeune fille sous le ciel bleu
(Yasuzo Masumura, 1957)

Le deuxième film de Masumura n'a pas encore l'ambition formelle et narrative de ses grandes œuvres suivantes. Il s'agit ici d'une enquête filiale, un mélodrame social sans portée véritable mais qui se distingue par l'humanité des trois personnages principaux ainsi que du père de l'héroïne. La charge contre la mesquinerie bourgeoise est légère et la narration très convenue. Du cinéma pas inintéressant mais qui demeure encore propret. Première collaboration entre la superbe Ayako Wakao et le cinéaste qui semble ici ne pas avoir une pleine liberté d'action.


Confessions d'une épouse
(Yasuzo Masumura, 1961)

Encore un beau film de Masumura. L'argument fait bien évidemment penser à La vérité de Clouzot et la beauté éclatante d'Ayako Wakao participe à un sentiment ambivalent très semblable à celui provoqué par Bardot. Mélodrame déchirant sur la situation de la femme dans le Japon moderne, il propose une vision à la fois radicale et désespérée (même si on peut regretter la facilité de la métaphore du trio suspendu au-dessus du vide) de son émancipation. La narration, avec ses flash-back très habiles, est parfaitement maîtrisée.


La femme de Seisaku
(Yasuzo Masumura, 1965)

Si l'omniprésence d'une musique par trop larmoyante peut déranger il faut reconnaître la puissance formelle et thématique du film. Ce qui saisit d'entrée, c'est l'incroyable composition des cadrages, l'ambition de la mise de scène. Le cinéaste analyse le poids de la réputation et la rigidité d'un système belliciste dans un Japon encore largement conservateur. C'est aussi un superbe drame passionnel où le couple vedette (Ayako Wakao est d'une beauté saisissante) est déchirant. Une réussite.


Le dossier noir
(Yasuzo Masumura, 1963)

La sophistication des cadrages, la beauté du noir et blanc et le perpétuel sentiment d'enfermement rappellent évidemment Black Test Car. Masumura s'attaque ici aux notions de justice, de morale et de vérité avec lucidité, dénonçant la corruption avec force. Le personnage du jeune procureur aux idéaux chevillés au corps paie la réalité peu reluisante du procès mais en dépit des échecs, demeure optimiste. Là encore une fin empreinte d'amertume mais sublimée par cet ultime échange entre les deux fonctionnaires à la relation quasi-filiale.


Black Test Car
(Yasuzo Masumura, 1962)

Filmée comme un polar, cette histoire d'espionnage industriel est un violent réquisitoire contre un capitalisme déshumanisant qui transforme des ingénieurs en soldats mafieux dévoués à leur société. La mise en scène est d'une exceptionnelle maîtrise, maintenant une tension constante grâce à ses cadrages extrêmement travaillés. A l'exception de la fin, ouverture optimiste mais amère, l'ensemble du film est confiné dans de petits espaces où s’agglutinent parfois une dizaines de personnes, créant ainsi un sentiment d'étouffement perpétuel qui s'accorde parfaitement avec le sujet. D'une efficacité implacable !