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Le paquebot Tenacity
(Julien Duvivier, 1934)

Petit film par la durée mais sorte de précis de l'œuvre de Duvivier, Le paquebot Tenacity est un mélange d'audace formelle, de mélancolie et de vérité humaine. Techniquement d'abord, on mesure le talent du cinéaste qui fait du mouvement la sève et la vie de son récit ; la caméra est alerte, donnant en cela le change à la gouaille du sympathique Albert Préjean. Pour ce qui est des sentiments et de la noirceur, le trait est moins appuyé qu'il ne le sera deux ans plus tard dans La belle équipe mais la camaraderie et sa mise à l'épreuve occupent déjà une place centrale. Un peu oublié et c'est bien regrettable. 


L'imposteur
(Julien Duvivier, 1944)

Gabin et Duvivier expatriés, le film ne garde hélas que ce statut de curiosité. La faute à un rythme lénifiant au possible: on se désintéresse rapidement de l'intrigue tant il manque ici d'une vraie vision artistique (la faute aux producteurs américains ?). Par ailleurs, si le thème de la rédemption est assez bien traité, les relents patriotiques (inhérents à un film de cette époque évidemment) frôlent l'indigestion et le manichéisme du scénario parait bien trop grossier. Dommage, le sujet méritait mieux.


Poil de carotte (Julien Duvivier, 1932)

Du roman de Jules Renard, Duvivier s'est surtout limité à ne conserver que le côté dramatique. Certes, le récit initial est une succession de brimades, de baffes et d'humiliations, mais les traits d'esprit et l'humour également présents dans le livre ont largement été évacués (on imagine mal cependant comment on aurait pu retranscrire le formidable passage de l'échange épistolaire entre le père et son fils). La vivacité de l'auteur ne se retrouve donc que partiellement dans le film. Cela étant dit, Harry Baur et Robert Lynen sont épatants et le cinéaste a su, pour dépeindre la vie du jeune héros, donner corps à une succession de scènes qui n'avaient pas nécessairement de lien entre elles.

La tête d'un homme (Julien Duvivier, 1933)

La déception est immense. Le film laisse bien trop de place à l'expérimentation, l'ensemble filant ainsi (très lentement il faut le dire) vers une absence totale de rythme. Les acteurs ne sont absolument pas à l'aise et jouent comme à l'époque du muet. Même Harry Baur est médiocre, c'est dire. Duvivier se cherche et ne trouve malheureusement pas la clef pour donner corps à son récit.

Le petit roi (Julien Duvivier, 1933)

Un drame de l'enfance qui se finit bien où les ressorts dramatiques sont maîtrisés autant que la mise en scène. L'interprétation est sans doute un peu trop théâtrale (le jeune Robert Lynen n'était pas un acteur exceptionnel) mais quelques séquences valent le détour (je pense notamment à cette grande bataille juvénile, sorte de guerre des boutons avant l'heure). La raison d'Etat, le poids de la charge royale, les rêves de jeunesse et l'absence de la mère sont abordés avec justesse et parfois même émotion. Des notes humoristiques sont mêmes présentes: lorsque le petit roi constate, ingénu, que les plus grands rois sont ceux qui ont fait tuer le plus de monde. Un Duvivier méconnu mais intéressant.

Sous le ciel de Paris (Julien Duvivier, 1951)

La carte postale aurait pu être intéressante. Malheureusement le film, trop long et peut-être trop ambitieux, peine à dégager un réel intérêt et est pris à son propre piège. La multiplicité des personnages et des histoires censées s'entrecroiser divise paradoxalement d'autant l'intérêt. Duvivier semble s'emmerder, et nous aussi.

L'homme du jour (Julien Duvivier, 1937)

Un Duvivier médiocre porté par un Maurice Chevalier sympathique mais absolument pas crédible dans son rôle. Le rythme est d'une lenteur rédhibitoire et la mise en scène curieusement assez plate. Ce qui devait être un véhicule pour son acteur principal s'avère n'être au final qu'un film justement oublié.