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Un amour éternel
(Keisuke Kinoshita, 1961)

Mélodrame de haute tenue sur fond de haine domestique. Le récit s'étale sur une période de trente ans, divisée en cinq chapitres qui narrent chacun un épisode marquant de la vie du couple composé de Hideko Takamine et Tatsuya Nakadai (évidemment magnifiques, tout comme Keiji Sada, plus en retrait). Hormis la fin, qui déçoit un peu par son aspect conventionnel, le film est d'une grande beauté. Plastique d'abord, avec l'éclatante maîtrise du cadre et l'élégance des mouvements de caméra de Kinoshita ; thématique ensuite, puisque c'est, par le biais de cette histoire générationnelle, celle d'un Japon provincial qui est évoquée. Un jalon important au sein d'une filmographie essentielle.


La légende du combat à mort
(Keisuke Kinoshita, 1963)

Alors que le film s'ouvre sur de superbes images pastorales, le narrateur nous ramène près de 20 ans en arrière, alors que la défaite est inéluctable. Kinoshita réalise une œuvre d'une force peu commune sur le nationalisme nippon, localisant son intrigue dans un Japon reculé où les familles vivent la guerre et ses horreurs par procuration. Le cinéaste affronte avec courage le passé criminel de certains militaires en Mandchourie et livre une métaphore stupéfiante d'un régime à l'agonie et d'un pays sacrifié. Et pour ne rien gâcher, l'ensemble est soutenu par une technique époustouflante où chaque plan est un tableau. Des superlatifs en veux-tu en voilà pour une conclusion évidente: un chef-d'œuvre.


Un jour comme un autre
(Keisuke Kinoshita, 1959)

Voir ce film c'est d'abord apprécier la beauté des couleurs, la vivacité du montage et la virtuosité du style de Kinoshita. C'est aussi suivre l'existence d'une multitude de personnages, qu'ils soient femme délaissée, veuf traumatisé par la guerre (leur relation est bouleversante), petites frappes, employé préoccupé par son ascension sociale... soit une chronique campagnarde d'une richesse thématique remarquable. Et le plus fascinant demeure la capacité du réalisateur à faire cohabiter cet ensemble en tout juste 75 minutes sans que jamais les ellipses n'apparaissent forcées. C'est beau. Beau et cruel. Comme la vie.


Nuages au crépuscule
(Keisuke Kinoshita, 1956)

Une chronique sociale et familiale de bonne facture. Kinoshita y raconte (sans opposer) la trajectoire de la sœur aînée, frivole et inconséquente prête à épouser un homme riche pour s'extraire de sa condition, et de son cadet, rêveur mais laborieux, tiraillé entre ses désirs d'aventure et la volonté de ses parents de le voir reprendre la poissonnerie familiale. La mise en scène discrète du cinéaste apporte une authenticité bienvenue au récit. Une fois encore, on apprécie la dignité qui se dégage de chacun des personnages.


Rafale de neige
(Keisuke Kinoshita, 1959)

Une splendeur visuelle qui cueille le cinéphile dès les premières secondes. L'attention portée aux cadres, la beauté des paysages et l'élégance de la mise en scène font de ce film une œuvre de tout premier plan. La narration, foisonnante et ambitieuse s'il en est, emporte peut-être un peu moins l'adhésion. L'ambition de l'écriture ne s'accommodant pas totalement de la durée de Rafale de neige, assez court (moins de 80 minutes). Ce côté fresque familiale avec ses nombreux flash-backs aurait sans doute mérité quelques développements supplémentaires. Malgré tout, il serait injuste de ne pas privilégier ses nombreuses qualités. Un bon mélodrame.