Coqueluche
(Peter Gardos, 1987)

Trente ans après l'insurrection de Budapest, le cinéaste évoque les événements en posant sa caméra au sein d'une famille dont le garçon d'une dizaine d'années est le personnage principal. Les fusillades et la politique sont gardées à distance (hors-champ, la radio et des images d'archives) pour s'intéresser aux sentiments des différents protagonistes durant cette période fondamentale de l'histoire hongroise et du bloc de l'Est. Tout n'est pas parfait mais ce mélange d'humour détaché, de fatalisme et d'inquiétude est plutôt bien tenu.


Fausse identité
(André Chotin, 1947)

Film policier poussif, complètement dominé par son scénario et donc sans liberté, à la mise en scène plate et à l'interprétation inégale. Au milieu de ce triste constat et d'un récit que l'accumulation de rebondissements rend stérile, on retient quelques répliques non dénuées d'un certain esprit (souvent dans la bouche de Franck Villard dans le rôle de l'inspecteur). Mais c'est bien peu et tout cela est terriblement poussiéreux.


Oublier Venise
(Franco Brusati, 1979)

La famille et le temps qui passe sont les deux objets de Dimenticare Venezia, film désarticulé et déroutant. Mélancolique et profondément triste, le film ne décolle jamais vraiment, jouant perpétuellement sur un faux-rythme qui finit par lasser. Brusati, également scénariste, a recours à l'érotisme sans que l'on sache réellement ce que cela apporte au récit, finalement très sordide. Les flash-backs, astucieusement insérés à l'histoire, donnent un semblant d'épaisseur à des personnages écrasés par la seule volonté du cinéaste-démiurge. 


Un simple événement
(Sohrab Shahid Saless, 1973)

Le dépouillement de la mise en scène et le répétitif quotidien d'un jeune iranien pauvre de province comme quasi seul argument narratif sont les piliers de ce film hypnotique. Peu de dialogues, une caméra documentaire, on mettra bien sûr en avant l'aspect documentaire qui renforce l'authenticité des images. C'est également un film sur le difficile apprentissage de la vie, l'impossibilité de s'extraire de son origine sociale et sur la dignité des humbles. Le gamin est inoubliable.


Gardez le sourire
(Paul Fejos, 1933)

On aurait pu croire que les premiers instants ouvraient la voie à un film intéressant sur la crise et ses conséquences sur les personnages. Il n'en est rien. A la place, on nous propose une bluette à la limite du supportable. Ce que l'on voudrait nous faire passer pour de l'insouciance n'est que mièvrerie. Plus sonore que parlant, Gardez le sourire n'est pas non plus un aboutissement technique remarquable. D'autant plus décevant que Solitude était un jalon important du muet.


Ce soir, rien de nouveau
(Mario Mattoli, 1942)

Lacrymal. Voilà l'adjectif qui sied sans doute le mieux à ce mélodrame assez pesant dont émergent tout de même quelques beaux moments et un sens indéniable de la cinématographie chez Mattoli. En effet, contexte politique oblige, les obligations du scénario corsètent le film. Mais cela n'empêche pas des élans qui évoquent rien de moins que Borzage (qu'on songe aux dernières secondes, superbes), ce qui devrait susciter la curiosité de tout cinéphile qui se respecte.


Rendez-vous avec le crime
(John Harlow, 1946)

Film noir anglais, Appointment with Crime démarre tambour battant pour finalement ronronner sans imagination. Mais on doit, outre l'interprétation sèche et autoritaire de William Hartnell, souligner que cette plongée dans le milieu criminel londonien n'est pas inintéressante. Pour le reste, la mécanique du scénario s'avère trop schématique pour convaincre et la mise en scène, sans génie, range définitivement le film au rang d'anecdote.


Crime dans les coulisses
(Dinos Katsouridis, 1960)

Historiquement, il semblerait qu'il s'agisse de la première véritable tentative de film noir grec. C'est tout à fait honorable même si une certaine apathie se fait ressentir çà et là. Tous les principes du whodunit sont à l'écran mais c'est surtout l'occasion de voir un peu du Athènes des années 50/60, particulièrement dans les scènes de filature. L'interprétation est quant à elle très aléatoire et seul émerge vraiment Alekos Alexandrakis dans le rôle du journaliste.


The People Next Door
(David Greene, 1970)

Portrait d'une société américaine coupée en deux, entre la fragilité d'une jeunesse qui aspire à la liberté sans ses contraintes et des parents impuissants à la comprendre. Si le film a un peu vieilli dans sa forme (mise en scène presque illustrative), le discours n'a en revanche rien perdu de sa pertinence et quelques moments forts parsèment le récit. On pense notamment au père (très bon Eli Wallach) plus préoccupé par l'accoutrement de son fils que par les images du Vietnam diffusées à la télé ou encore cette confrontation glaçante entre la jeune héroïne et ses parents incrédules. 


Le sac
(Pal Zolnay, 1966)

Les premières secondes interrogent : est-ce un film de guerre ? un polar ? un film d'aventures ? Rien de tout cela. Ce jeune homme qui semble fuir s'accorde en réalité un retour aux sources dans son village d'enfance qu'il a quitté il y a des années. Avec méthode et une caméra qui scrute au plus près les visages, Zolnay filme la ruralité, les humbles, les traditions et le folklore hongrois mais, surtout, le temps qui passe, les rêves jamais réalisés et l'inévitable hiatus entre les générations. La politique est loin mais l'audace du Sac bien réelle. Et de beaux moments traversent ce qui s'impose en réalité comme un voyage initiatique. Très beau.


Angoisse (Jacques Tourneur, 1944)

En dépit d’un début prometteur, Experiment Perilous (le titre original est pour une fois plus sensationnaliste que le titre français) sombre progressivement dans un rythme languissant qui sied mal à l’intrigue. Hedy Lamarr est bien jolie mais son jeu terriblement affecté n’aide pas, sans parler de George Brent, fade au possible. On s’ennuie jusqu’au dénouement un peu tiré par les cheveux mais spectaculaire. Décevant.


La belle espionne (Raoul Walsh, 1953)

Un habile film d’aventures. Il faut dire que le duo Borden Chase au scénario et Walsh à la mise en scène est caractéristique d’une époque aujourd’hui vraisemblablement révolue où le divertissement n’était pas incompatible avec l’ambition artistique. En moins de 90 minutes, les auteurs déploient une intrigue certes cousue de fil blanc mais dont les articulations sont fluides et qui bénéficie du charme du couple vedette (Yvonne De Carlo est décidément l’une des plus belles actrices du cinéma hollywoodien). Un bon moment.


En haut des marches (Paul Vecchiali, 1983)

Sans doute le film le plus émouvant de Vecchiali. Émouvant parce qu’il évoque avec pudeur et tendresse sa mère, son attachement à la ville dans laquelle il a passé la plus grande partie de sa jeunesse (Toulon) et, travail honnête de mémoire, le passé compromettant de sa famille durant la guerre. Le travail de mise en scène, le découpage et le soin apporté à la musique sont à souligner. C’est aussi une déclaration d’amour à une actrice merveilleuse : Danielle Darrieux. Trente ans après Madame de…, elle demeurait toujours aussi éblouissante.


Un mauvais garçon
(Jean Boyer, 1936)

Danielle Darrieux est ravissante du haut de ses 19 ans et l'élégance des compositions de Van Parys ajoute un brin de facétie au film. Mais les artifices du scénario (qui peut croire à une telle fable ?) et la paresse de la mise en scène empêchent le spectateur d'être totalement satisfait. Un constat d'autant plus regrettable que Jean Boyer, sans être Renoir bien entendu, n'est pas le moins intéressant lorsqu'il s'agit d'aborder la question sociale.


Orca
(Michael Anderson, 1977)

L'opportunisme de Dino de Laurentiis, la bêtise du scénario et le ridicule tutoyé par certaines scènes font d'Orca un film au moins aussi anecdotique que raté. Quelques nostalgiques semblent porter une certaine estime à ce rejeton de Jaws et sans doute faut-il le voir avec les yeux indulgents d'un adolescent en quête de frissons cinématographiques... pour les autres, c'est l'effarement. Un effarement que ne tempèrent ni la bande originale de Morricone ni le charme magnétique de Charlotte Rampling.