Pas très catholique
(Tonie Marshall, 1994)

Si seulement le film nous offrait une vision un tant soit peu pertinente du Paris des années 90, on pourrait lui accorder un semblant d'intérêt. Au lieu de cela, toute la soupe fémino-libertaire nous est servie jusqu'à plus soif. L'écriture, totalement désinvolte et artificielle, ne se donne même pas la peine de la vraisemblance: la femme qui plaque tout pour être détective privée, son gamin qu'elle retrouve en pleine filature après 18 ans, la rencontre suite à un accident de mobylette... En fait de femme libre, c'est le portrait d'une égoïste insupportable qui nous est proposé.


Songwriter
(Alan Rudolph, 1984)

Malgré la présence au générique de deux vedettes de la country telles que Willie Nelson et Kris Kristofferson (toujours aussi charismatique), le film n'a musicalement aucune espèce d'intérêt. Les chansons sont pour la plupart nulles et l'interprétation des plus médiocres. Reste la mise en valeur de l'amitié, du statut d'artiste, de la création et de la rectitude morale face à la petitesse des producteurs. Rudolph est un cinéaste estimable mais limité ; Songwriter en est la plus parfaite démonstration.


Maigret à Pigalle
(Mario Landi, 1966)

Epatante comédie humaine, l'œuvre de Simenon a donné lieu à quelques films honnêtes voire bons. C'est hélas rarement le cas des adaptations tirées des enquêtes du commissaire Maigret ; preuve en est cette tentative transalpine. Gino Cervi n'est pas ridicule mais ici tout est lourd: l'écriture, la mise en scène, l'humour... La musique du générique, parfaitement hors de propos, était un avertissement. Sans intérêt.


L'ange rouge
(Yasuzo Masumura, 1966)

Superbe mélodrame où la guerre et la condition féminine sont abordées avec autant de cruauté que d'acuité. Cette déchirante histoire d'amour s'intensifie à mesure que le couple, qui côtoie la mort, s'approche du front (l'impuissance du médecin faisant écho à l'inutilité du conflit, le désir de l'infirmière étant l'image même de la vie). Contrairement à Passion, Tatouage ou, plus tard, La bête aveugle, point de dolorisme ici malgré les amputations, l'épidémie de choléra ou le viol dont est victime l'héroïne au début du film. La beauté de la photographie et des cadrages répondent à celle d'Ayako Wakao, magnifique comme à son habitude.


Les possédés
(Andrzej Wajda, 1988)

La puissance du texte de Dostoïevski est évacuée au profit d'un hystérie constante. On comprend aisément que le cinéaste, Polonais ayant vécu sous le joug soviétique, ait eu quelques comptes à régler avec le capitalisme d'état bolchévique mais on verse là dans la caricature. Toute la dimension psychologique (et notamment la première partie) est absente. Les acteurs ne sont pas spécialement convaincants (hormis Bernard Blier dans l'un de ses derniers rôles) et la musique, omniprésente, est hélas insupportable. En adaptant l'inadaptable, Wajda se plante.


Society
(Brian Yuzna, 1989)

Sous les oripeaux du genre (avec tout ce que cela peut charrier de grossier et de maladroit), le film développe une vision radicale de l'élite californienne. Plus largement, et sans doute à son corps défendant, le cinéaste décrypte les rapports de classes avec une acuité qu'on retrouvera dix ans plus tard dans Eyes Wide Shut. Les acteurs sont nuls et certaines scènes tutoient le ridicule, mais la grande orgie finale (séquence hallucinante qui convoque aussi bien Cronenberg que Carpenter) marque durablement. Bancal certes mais beaucoup moins con qu'il n'y paraît.


Phantasm
(Don Coscarelli, 1979)

Régulièrement (et abusivement) étiqueté comme un film d'horreur, Phantasm est en réalité une œuvre éminemment poétique où le talent du cinéaste ne pâtit jamais du manque de moyens. L'inventivité visuelle compense la bêtise (ou la faiblesse si l'on est magnanime) du scénario. Le film incarne de manière exemplaire ce qu'est le bon cinéma de genre: une histoire souvent ridicule prétexte à faire vivre des images, des cauchemars, des mystères et, évidemment, des fantasmes.


Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? 
(Luigi Comencini, 1974)

Laura Antonelli (a-t-elle jamais été aussi belle, désirable et convaincante qu'ici ?) ne saurait être le seul argument en faveur de cette comédie italienne d'excellente facture, réalisée par un maître en la matière. Derrière le baroque des décors et de la mise en scène, la sensualité de l'héroïne, l'ironie mordante sur le mariage et D'Annunzio, c'est à une critique frontale de la bourgeoisie à l'aube de la Première Guerre Mondiale que les auteurs s'adonnent. Le tout soutenu par une ambition narrative de premier ordre. La définition même d'un classique.


La porte du diable
(Anthony Mann, 1950)

Il importe finalement peu que Robert Taylor soit crédible ou pas en indien (non) puisque le premier western de Mann est une œuvre historiquement importante. C'est en effet le premier film pro-indiens qui adopte le point de vue des indigènes eux-mêmes. Le cinéaste y fait bien entendu preuve d'un sens inouï de la mise en scène, avec des cadrages très travaillés qui insufflent une dimension sacrificielle supplémentaire au combat de notre héros. Quant à la photo de l'immense John Alton, elle est une fois de plus remarquable (quelle lumière !).


Le fleuve de sang
(Hugo del Carril, 1952)

Il est surprenant de voir une œuvre aussi frontalement sociale en pleine période péroniste. L'explication est sans doute à chercher du côté des accointances du cinéaste avec le régime en place et ce, malgré l'obédience communiste d'Alfredo Varela, l'auteur du roman et scénariste. En résulte une œuvre brute sur l'exploitation des masses laborieuses face aux propriétaires du nord de l'Argentine, où la violence est omniprésente. Des cadrages très serrés, une réalisation sèche et finalement un manuel de lutte contre l'oppression. Carril est également un bon acteur dramatique. Pas mal du tout.


The Face at the Window
(George King, 1939)

C'est peu dire que ce film de série anglais est un ratage complet. On pourrait bien sûr relativiser en avançant le manque criant de moyens mais rien ne saurait justifier la nullité de la réalisation (malgré une photographie plutôt jolie à l'occasion), des acteurs et du scénario dont le déroulement s'avère aussi convenu que ridicule. Paradoxalement, on se souviendra longtemps du jeu terriblement affecté de Tod Slaughter, acteur à côté duquel Boris Karloff passerait pour Al Pacino...


Louise
(Abel Gance, 1939)

Opérette complètement dénuée d'intérêt, Louise est l'occasion de rappeler que pour faire un bon film il faut : une bonne mise en scène, une bonne histoire (ou à défaut, de la fantaisie) et de bons comédiens. Abel Gance oblige, la première condition est remplie. Le style est sûr et par moments même brillant. C'est tout. Pour le reste, cette histoire d'une jeune femme qui veut vivre son amour pour un chanteur lyrique n'est pas crédible une seconde ; quant aux acteurs, terriblement théâtraux, ils sont nuls.


Je la connaissais bien
(Antonio Pietrangeli, 1965)

Authentique drame parsemé çà et là de quelques élans comico-pathétiques (Manfredi, Tognazzi et Adorf sont en première ligne), le film de Pietrangeli est un portrait féminin comme le cinéma transalpin en comporte finalement assez peu (hormis ceux, souvent remarquables, de Pietrangeli justement). C'est le portrait d'une innocence sans cesse bafouée, d'une âme ingénue régulièrement humiliée; c'est aussi celui de l'Italie du miracle économique où les rapports de classes sont omniprésents. La force de la mise en scène, la cruauté de l'écriture (Ruggero Maccari, qui avait déjà signé le scénario d'Annonces matrimoniales, et Ettore Scola) et la sublime Stefania Sandrelli font de Je la connaissais bien une œuvre inoubliable. Comme cette fin, glaçante.


Something for the Birds
(Robert Wise, 1952)

Comédie plutôt enlevée et malicieuse (amusants dialogues sur Washington et les politiciens) où le montage domine une réalisation hélas un peu décorative. Le scénario d'I.A.L. Diamond, dont le compagnonnage avec Billy Wilder a accouché de bien des réussites, ne manque pas d'imagination et de fantaisie. Mais il y a surtout une qualité principale à ce film sympathique: Edmund Gwenn, formidable de bonhommie en imposteur qui s'invite dès que possible aux réceptions de la haute société.


La dernière piste
(Kelly Reichardt, 2010)

D'une beauté stupéfiante, Meek's Cutoff rompt avec des décennies de westerns tournés en Cinémascope. Ici, dans un format 1.33 qui surprend, Reichardt assoit un peu plus sont extraordinaires maîtrise du cadre et de la profondeur de champ. Perdus au beau milieu du XIXème siècle et des paysages arides de l'Oregon, les personnages sont en quête d'un ailleurs aux allures de terre promise et luttent pour leur survie. Western anti-spectaculaire au possible, le film troque les promesses d'un avenir meilleur pour d'angoissantes incertitudes. Excellent.